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Essayer de nouvelles cultures pour remplacer le colza

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Trèfle. Pour faire évoluer son système, Arnaud Coquart s’appuie sur les réseaux de l’agriculture de conservation Base  et Apad, et sur le groupe TCS, animé par la chambre d’agriculture départementale. © Photos : A. brehier

Chez Arnaud Coquart, le trèfle violet porte-graine est cultivé depuis quatre ans.

En 2016, dans un contexte désastreux où les céréales à paille n’ont pas dépassé les 35 q/ha, le trèfle violet porte-graine implanté sur 12 ha par Arnaud Coquart, agriculteur à Vénizy, dans l’Yonne, a plutôt bien tiré son épingle du jeu avec 4,5 q/ha et une marge brute de 670 €/ha. Une marge bien supérieure à celle permise aujourd’hui par le colza, une culture remise en cause par les attaques d’altises et les impasses de désherbage. « Ces deux dernières années, les rendements sont passés en dessous de 20 q/ha, précise l’exploitant. Il faut trouver des cultures alternatives et développer des rotations plus longues, avec des pratiques nouvelles. »

Depuis 2010, le labour a été supprimé au profit du semis direct. Des couverts, mélanges de féverole, moutarde, vesce et phacélie sont implantés en interculture, pour favoriser la microfaune des sols. Arnaud essaie de dénicher des plantes moins gourmandes en intrants, adaptées à ses sols : des terres rouges limono-argileuses à silex et des terres blanches, anciennes landes défrichées dans les années 1960. En pente, sensibles à l’érosion, ces terres filtrantes sont pauvres en matière organique (1,5 à 2 %). Coté climat, une sécheresse intervient souvent entre mi-mars et fin avril, ainsi qu’un coup de sec à la fin de l’été.

Le trèfle violet porte-graine, sous contrat annuel avec la coopérative 110 Bourgogne, est semé mi-août (1) dans une rotation qui peut varier d’une année à l’autre. Avec un précédent pois, moutarde, lin, lentilles, ou céréale à paille. Le SD Kuhn, un matériel de 1998 n’est pas adapté pour semer les toutes petites graines de trèfle. Ses disques entraînent la paille fraîche dans le fond du sillon, ce qui limite le contact terre-graine et favorise les limaces. L’été dernier, au lieu de réaliser le semis en direct, l’agriculteur a « gratté » préalablement la terre superficiellement sur 2 cm avec un déchaumeur à disques.

Semer sous couvert

À cause du coup de sec de fin août, Arnaud envisage de semer une partie de son trèfle sous couvert d’une culture de printemps : « Le tournesol serait parfait, mais à cause des dégâts d’oiseaux, c’est une culture qui disparaît dans notre région, regrette-t-il. Reste l’orge, dont il faut diminuer la dose au semis pour laisser assez de lumière au trèfle, ce qui diminue d’autant le rendement de la céréale. Mais ainsi, on gagnerait six mois d’avance sur la culture. » La première année, le trèfle porte-graine nécessite quatre passages d’insecticides et trois d’herbicides. Début mai, une précoupe est nécessaire. Selon les quantités de marchandise, le fourrage est broyé ou enrubanné par un éleveur. Une semaine avant la récolte, qui s’échelonne entre mi-août et mi-septembre, la culture est défanée à l’aide d’un défoliant (Reglone à 3 l/ha). Une période de beau temps est indispensable.

Avec l’autorisation de l’obtenteur, le trèfle porte-graine peut rester en place deux années de suite, ce qui sera le cas cette année sur l’exploitation. « Normalement, il devrait y avoir moins de désherbage, avance l’agriculteur. Nous devrons peut-être arracher manuellement certaines adventices telles que des rumex, pour éviter la contamination de la culture. Si l’on s’y met suffisamment tôt, c’est réalisable. L’idéal, toutefois, est d’arriver en fin de première année avec une culture la plus propre possible. Pour cela, il faut trouver les bonnes parcelles et être rigoureux sur les traitements de première année. »

Du lin et de la lentille

Outre le trèfle violet porte-graine, dont les résultats varient fortement d’une année à l’autre, d’autres cultures dites « de niche » ont été testées. Après deux années d’essai, la moutarde brune (IGP Bourgogne) a été arrêtée. « Dans nos terres, nous n’arrivions qu’à 5-6 q/ha », note Arnaud. Le lin oléagineux et la lentille en multiplication ont été conservées. Le lin, cultivé dans le cadre d’un contrat avec Lin 2000 est destiné à enrichir l’alimentation animale. Une prime ou une réfaction est appliquée selon la teneur en oméga-3 des graines (+/- 30 €/q pour un prix de base de 450 €/q). Un indicateur que le producteur ne maîtrise pas.

Quelle que soit la culture, les surfaces dépendent des obtenteurs. Il faut être réactif pour remplacer les cultures qui ne seront pas contractualisées. Arnaud a déjà son assolement 2018 en tête. À défaut d’avoir suffisamment de lin, il envisagerait du pois.

La gestion de ces cultures de niche est complexe. « Cela change de la routine blé-orge-colza, dans laquelle je ne me retrouvais plus. La difficulté est l’irrégularité de rendement. La première année, certaines parcelles de trèfle porte-graine ont atteint 9 q/ha. Du jamais vu. Deux ans plus tard, avec trois jours à 40 °C autour de la floraison, la récolte chutait à 1,5 q/ha. Il n’y a pas de sécurité. »

Anne Bréhier

(1) 5 kg/ha pour un diploïde, 7 kg/ha pour un tétraploïde.

Semoir.« Le semoir à disques de l’exploitation n’est pas adapté pour implanter les toutes petites graines de trèfle », estime l’agriculteur.
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Le contexte

À Vénizy, dans l’Yonne, Arnaud Coquard cultive 200 ha dont 50 de terres blanches au potentiel agronomique limité (55 à 80 q/ha en céréales).

Assolement 2017 : 80 ha de blé, 28 ha d’orge, 25 ha de lin, 25 ha de lentilles (17 ha en multiplication et 8 ha pour la consommation), 14 ha de pois de printemps, 12 ha de trèfle, 5 ha de féverole d’hiver et 2 ha de pois d’hiver. Le reste est en jachère.

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Suivi qualité

La qualité de la culture (pureté variétale, présence de mauvaises herbes telles que cuscute et rumex), est contrôlée par un technicien à la floraison. La faculté germinative et la dureté de la graine sont analysées en laboratoire après la récolte.

En cas d’état sanitaire insuffisant, des réfactions de prix peuvent être appliquées. Dans le pire des cas, la récolte peut être refusée. Certaines années, une ventilation est nécessaire pour prévenir tout risque d’échauffement des graines. Selon les quantités récoltées, Arnaud Coquart installe des petits ventilateurs dans la remorque, ou bien aère les graines à la pelle.

Le récap
Les points positifs
  • Bon précédent : réduction de 40 à 60 u/ha sur le blé qui suit. .Matière organique du sol favorisée.

  • Sol couvert toute l’année.

  • Culture conduite hors pointes de travail.

Les points négatifs
  • Pas de retour du trèfle sur la même parcelle avant trois ans minimum.

  • Risque d’adventices si levée difficile.

  • Pollinisation à réaliser par des insectes.

  • Moisson parfois tardive.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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