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Engraisser ses bovins allaitants malgré les sécheresses

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Vincent Granier (à gauche) et Antoine Gerbal misent sur le croisement pour valoriser les produits issus de leurs aubracs. © F. Ehrhard

Le Gaec de Chantegrenouille valorise ses génisses croisées en indication géographique protégée (IGP) Fleur d’Aubrac et ses vaches en label rouge Bœuf fermier Aubrac.

À1 200 mètres d’altitude, avec un système fourrager basé sur l’herbe, les deux associés du Gaec de Chantegrenouille à Saint-Laurent-de-Muret, en Lozère, restent avant tout des naisseurs. Mais ils n’hésitent pas à acheter de l’aliment complet pour engraisser une partie de leurs femelles, afin de mieux les valoriser. « Nous accouplons les deux tiers de nos aubracs avec des taureaux charolais. Nous pouvons ainsi sélectionner des génisses croisées pour la filière IGP Fleur d’Aubrac », expliquent Vincent Granier et Antoine Gerbal. Dans celle-ci, les prix, fixés en fonction du classement de la carcasse, fluctuent nettement moins que sur le marché du vif. Négociés collectivement entre les éleveurs et les bouchers partenaires de la filière, ils sont revalorisés régulièrement pour tenir compte de la hausse des coûts.

Afin d’obtenir des génisses lourdes et bien conformées, les deux éleveurs jouent sur la génétique (lire l’encadré ci-dessous), et soignent l’alimentation au fil des saisons, pour éviter tout ralentissement de croissance. Mais ces dernières années, les sécheresses à répétition ont réduit les ressources fourragères. Il a fallu acheter du foin, alors que d’habitude le Gaec était autonome. « Pour limiter ces achats, nous avons réduit le nombre de mères de quatre-vingt-cinq à quatre-vingts et gardé un peu moins de génisses, pour le renouvellement comme pour l’engraissement », note Vincent. Ils ont malgré tout continué à approvisionner la filière Fleur d’Aubrac, en resserrant les critères de choix, pour ne conserver que les femelles avec le meilleur potentiel. Les résultats ont ainsi progressé. Abattues à trente mois, celles-ci ont donné des carcasses de 446 kg de moyenne en 2019, contre 424 kg l’année précédente. La conformation s’est améliorée, avec 75 % classées en U +, contre 57 % précédemment.

Vendre avant l’hiver

Les vaches aubracs de moins de dix ans sont engraissées pour la filière Bœuf fermier Aubrac. « Afin de l’approvisionner, nous réformons toutes celles qui ont des problèmes de boiterie, de trayons, ou qui restent vides », poursuit Vincent. Après six mois de finition, ces vaches donnent des carcasses de 370 kg de moyenne, valorisées en 2019 à 4,42 €/kg. Avec son label rouge, cette filière a fidélisé des acheteurs en boucherie traditionnelle et dans les magasins Auchan. La grille de prix, révisée régulièrement, garantit un différentiel de cours avec la cotation Grand Sud.

Dans ces deux filières bien organisées, le Gaec bénéficie de tarifs et de débouchés stables. « C’est sécurisant pour nous. Ces démarches mettent en valeur le potentiel de l’aubrac, et tirent les prix des autres animaux de la zone vers le haut », affirment les deux associés. En maigre, les broutards issus du croisement aubrac × charolais sont recherchés sur les marchés italien et grec. « En race aubrac pure, la valorisation reste moindre. Depuis deux ans, c’est le marché algérien qui nous sauve », précise Antoine.

Pour pallier la baisse des stocks fourragers, l’objectif est de vendre les broutards, les génisses et les vaches finies avant la rentrée en stabulation mi-novembre. « La première coupe de foin reste correcte. Mais dès la mi-juillet, nous devons gérer la pâture au fil, pour compenser la moindre pousse de l’herbe », explique Vincent. Les regains, qui se font rares, sont réservés aux génisses. Les broutards ne sont plus alourdis à l’herbe, mais nourris en parc ou en stabulation. « Tout cela complique le travail durant l’été et l’automne, à un moment où nous devons gérer en même temps l’engraissement », ajoute-t-il.

Pour l’exercice 2018-2019, les achats d’aliment ont atteint 35 000  euros. Avec une bonne productivité et des animaux bien valorisés, l’atelier bovin a malgré tout dégagé une marge brute de 70 000 euros, qui a permis aux deux associés de rémunérer leur travail. « Dans les années à venir, nous envisageons de diminuer légèrement le nombre de mères ou de trouver quelques pâtures en plus, afin de regagner de l’autonomie et d’être moins vulnérables face aux aléas climatiques », confient les éleveurs.

Frédérique Ehrhrard

Bien choisir les taureaux charolais

Pour accoupler ses mères aubracs, le Gaec de Chantegrenouille achète des taureaux charolais chez des éleveurs de Saône-et-Loire, par l’intermédiaire de la coopérative Célia. « Nous cherchons des taureaux avec un bon développement squelettique, qui amènent potentiel de croissance et conformation », souligne Antoine. Les veaux croisés pèsent entre 45 et 52 kg à la naissance. « Pour conserver des vêlages faciles, nous sélectionnons des mères avec une excellente ouverture pelvienne », précise Vincent.

Les deux éleveurs sont présents à chaque vélage pour vérifier que tout se passe bien. « Ces deux dernières années, nous n’avons perdu aucun veau », notent-ils.

Le récap
Les points positifs
  • Débouchés et prix stables.

  • Bonne productivité du troupeau.

  • Alimentation à base d’herbe, en phase avec la demande sociétale.

Les points négatifs
  • Charge de travail.

  • Sensibilité à la sécheresse, malgré l’altitude.

Le contexte

À Saint-Laurent-de-Muret, en Lozère, Vincent Granier et Antoine Gerbal produisent des broutards, des génisses et des vaches finies, commercialisés par la coopérative Célia, ainsi que des poulets bio en diversification.

Troupeau de 80 vaches aubrac. Vêlages de fin décembre à fin février.

Surface : 197 ha (160 ha proratisés), dont

- 8 ha de prairies temporaires

- 32 ha de prairies permanentes

- 123 ha de parcours

- 28 ha de pâtures et

9 ha de prairies en bio.

Votre analyse du marché - Bovins de Boucherie

Recul de la demande sur les pièces « arrière »

L’activité commerciale reste assez régulière sur le marché du vif, bien que les industriels observent un recul des commandes dans les pièces « arrière ». Le prix des aloyaux se replie, mais cette baisse n’est pas compensée par une plus-value sur les avants. Les abatteurs, qui ont moins de difficulté à s’approvisionner, commencent à mettre la pression sur les prix des laitières. La demande est également plus calme dans le domaine des allaitantes, mais la modestie de l’offre permet de maintenir les cours.
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Cet article est paru dans La France Agricole

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