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En zone intermédiaire, ramener de la valeur ajoutée

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Diversification - En zone intermédiaire, ramener de la valeur ajoutée
« Nos sols à faible potentiel, sans ressource en eau, nous exposent de plein fouet au dérèglement climatique. Que faire dans nos champs : de l’élevage ou de l’énergie ? », s’interroge Clément Babouillard. © A. Bréhier

Sur les plateaux de Bourgogne, où la diversification des cultures atteint ses limites, explorer des activités annexes devient indispensable.

La taille des exploitations a longtemps compensé les rendements limités sur les terres séchantes du Châtillonnais : 6,6 t/ha en blé, en moyenne, les trois dernières années. Cela ne suffit plus. « Ici, en végétal pur, il n’y a plus d’issue, constate Clément Babouillard, céréalier à Ampilly-les-Bordes (Côte-d’Or). Le climat se dérègle, on nous enlève les insecticides et les désherbants efficaces. Le colza, qui nous assurait jusqu’en 2012 un revenu de 150 à 200 €/ha avant impôt, a malheureusement disparu de l’assolement. Les alternatives ne fonctionnent pas toujours. En pois, avec un rendement moyen de 3 t/ha, le revenu atteint péniblement 80 €/ha grâce aux aides couplées, quand la culture est récoltable, ce qui ne sera pas le cas cette année. Sur les 30 ha implantés, 20 ha ont été trop affectés par le coup de chaud et de sec au printemps et resteront au champ. Le tournesol, au rendement aléatoire de 10 à 33 q/ha selon les années, ne couvre que les coûts. La rentabilité se fait désormais uniquement sur le blé et les orges de printemps. »

Du seigle pour le méthaniseur

Malgré une maîtrise accrue des charges – puissance de traction limitée à 0,86 CV/ha, annuités annuelles inférieures à 150 €/ha – et une entraide poussée avec des voisins autour du matériel – le semoir, le pulvérisateur et la moissonneuse-batteuse tournent sur 850 ha –, il devient de plus en plus difficile de s’en sortir. « Avec des aides Pac à 190 €/ha (1) en moyenne, les plus basses de l’Hexagone, il faut trouver de la rentabilité avec des activités annexes », estime l’agriculteur.

« On a aussi besoin d’aides Pac plus justes et d’assurances plus efficientes. »

Le troupeau allaitant, qui valorise la paille, les petites orges et les prés non labourables, va être développé. Composé à l’origine de vingt- cinq charolaises, il va monter jusqu’à soixante. À l’exception des vaches de réforme, tous les produits sont vendus en maigre. Outre le fumier, d’autant plus indispensable que les pailles sont exportées, l’élevage ramène des soutiens publics (PMTVA, MAE, ICHN (2), verdissement) et donne accès au PCAE (3), qui aide à construire des hangars photovoltaïques.

En plus des 100 kW posés il y a deux ans sur le toit de la stabulation, qui produisent par ailleurs plus que prévu, Clément va investir dans 100 kW supplémentaires en 2021. La production d’électricité permettra de financer un bâtiment de stockage de pailles et de fourrages. Pour le céréalier, les énergies renouvelables constituent une voie d’avenir. L’exploitation est ainsi engagée dans deux projets. Le premier, collectif, est porté par sa coopérative Dijon céréales. Il s’agit d’approvisionner avec des cultures intermédiaires à vocation énergétique (5 000 ha de seigle) un gros méthaniseur implanté à Châtillon-sur-Seine, à 30 km. Le seigle sera cultivé à l’économie, avec un désherbage minimal, pas de fongicide, un peu d’engrais P-K, et 100-120 unités d’azote à l’hectare. Stockée en silo sur l’exploitation, la céréale sera achetée 120 €/t de matière sèche. Implanté derrière un blé ou une orge, le seigle sera suivi, la même année, d’une seconde culture : tournesol, sarrasin, maïs… Dans un essai mis en place volontairement sur de mauvaises terres, Clément a récolté, début mai, 5,6 t de MS/ha (contre 7,2 t, en moyenne, dans le secteur).

Avec son cousin, propriétaire d’un atelier hors-sol de poulets de chair standard de 40 000 unités et d’un atelier d’engraissement porcin, Clément réfléchit aussi à un second projet de méthanisation. En cogénération, celui-ci serait alimenté essentiellement par les effluents d’élevage. La chaleur servirait à chauffer le poulailler, et le céréalier récupérerait le digestat. Un salarié serait embauché à mi-temps. La décision d’investir 2 millions d’euros, sans les soutiens publics, sera prise cet automne.

Anne Bréhier

(1) DPB, verdissement et aides couplées éventuelles.

(2) prime au maintien du troupeau de vaches allaitantes, Mesure agroenvironnementale, Indemnité compensatrice de handicap naturel.

(3) plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations.

Le bâtiment des allaitantes est recouvert de panneaux photovoltaïques. © A. Bréhier
Les assurances indispensables

Depuis 2007, toutes les cultures de vente sont assurées. Le blé et les orges sont couverts en chiffre d’affaires. Le reste est assuré en aléas climatiques. « Il s’agit, certes, d’un coût (1), mais cela garantit un produit et une rentabilité », souligne Clément. Cette année, alors que l’orge d’hiver n’a rendu que 3 t/ha, le produit devrait se limiter à 560 €/ha (sur la base d’un prix prévisionnel de 140 €/t). Heureusement, la céréale est couverte à hauteur de 900 €/ha, hors aides. « Cette fois encore, les assurances vont nous sauver. Si la France appliquait le dispositif européen Omnibus, nos niveaux de franchise pourraient être réduits et la prise en charge de nos cotisations augmentée. »

(1) 45-50 €/ha net, aides de l’UE déduites pour les céréales.

Le contexte

• À Ampilly-les-Bordes, en Côte-d’Or.

• SAU de 620 ha, dont 580 ha de terres labourables. Ce sont, à 80 %, des argilo-calcaires superficiels ou profonds, au potentiel limité (5 à 7 t/ha pour le blé).

• Assolement

Basé initialement sur un classique colza-blé-orge, il a été volontairement diversifié. Il comprend aujourd’hui une douzaine de cultures.

• L’exploitation est gérée en Gaec par Clément Babouillard, avec son père (62 ans) et sa mère.

Le récap
Les points positifs
  • Réduction des risques.

  • Augmentation de la valeur ajoutée.

  • Revenu plus stable.

Les points négatifs
  • Complexification du système.

  • Charge de travail accrue.

  • Bon relationnel avec les voisins indispensable.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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