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En zone intermédiaire, changer de modèle pour pérenniser l’exploitation

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Fabien (à gauche) et Didier Redoutet sur une parcelle implantée en orge de printemps, semée en direct en février dans un couvert multi-espèces. Celui-ci avait été détruit en novembre au glyphosate après avoir été roulé.

Sur les plateaux secs et froids de Bourgogne, la famille Redoutet a remis en cause son système de production pour s’adapter au contexte difficile de la ferme.

La rotation colza-blé-orge, qui a longtemps valorisé les terres séchantes à cailloux de la ferme de Fabien et Didier Redoutet, a été remplacée par une autre beaucoup plus longue. Le semis direct s’est substitué au labour. Des couverts multi-espèces ont été implantés pour lutter contre le salissement des parcelles. L’arrêt du lait, en 2008, a été l’élément déclencheur du changement. Le temps libéré a été valorisé dans l’apprentissage du semis direct (SD). « Ce levier nous semblait être un bon moyen de réduire nos charges et de sécuriser le revenu dans le contexte agronomique difficile de notre exploitation : terres à faible potentiel sans irrigation, risques de gelée de printemps et d’automne, explosion du poste insecticides et désherbage (géranium sur colza, vulpin et brome sur céréales d’hiver) avec apparition de phénomènes de résistances, baisse des rendements et dégâts de gibiers », expliquent les agriculteurs.

Après une année d’essai au cours de laquelle les exploitants ont travaillé 50 % de leurs terres en semis direct et 50 % en conventionnel, la famille a revendu tout son matériel. Parallèlement, de nouvelles cultures de printemps et des légumineuses ont été implantées. Le colza, produit sur 40 ha il y a dix ans, a été abandonné à cause des altises et du coût des intrants.

Dans le cadre d’une MAEC avec le système semis direct souscrite il y a trois ans, 15 ha de trèfle violet ont été introduits dans la rotation pour constituer une tête d’assolement supplémentaire et améliorer la gestion des graminées (vulpins, en particulier). Broyé en cours d’année, le fourrage fertilise le sol. « Le financement MAEC sécurise et permet l’innovation », souligne Fabien Redoudet.

Couverts multi-espèces

Composés de 7 à 9 espèces (lire l’infographie), les couverts végétaux sont semés le plus rapidement possible derrière la moissonneuse-batteuse, même dans des conditions difficiles comme celles de 2019 (sécheresse et fortes chaleurs). « Mieux vaut un couvert à moitié réussi que pas de couvert du tout pour contrôler les mauvaises herbes, constatent les agriculteurs. Des couverts permanents sont difficiles à envisager dans nos terres : ils généreraient trop de concurrence pour la culture principale. »

La maîtrise des adventices graminées (vulpins) et dicotylédones (géraniums) s’est révélée plus longue que prévu. « Durant huit ans, nous avons traité en foliaire plutôt qu’en systémique. Ce fut une erreur qui a créé des résistances. Sur le blé, dès le départ on aurait dû alterner désherbage d’automne et de printemps, comme nous le faisons désormais ».

Dans le changement de système, des ajustements sont indispensables. « En SD, il faut être très réactif, bien broyer les bandes enherbées ainsi que les bordures par lesquelles arrivent les vivaces, note Fabien. Un petit broyeur porté de 3 m de large a été acheté à cet effet. Avant chaque moisson, nous faisons le tour des champs. Si besoin, nous arrachons les chardons à la main. Nous passons trois fois moins de temps dans les tracteurs (de 600-700 h par tracteur à 200-300 h), mais beaucoup plus de temps à quatre pattes dans les champs pour observer ou piocher les mauvaises herbes. »

Avec près de douze ans de recul, la famille Redoudet tire un bilan positif de son parcours. « Sur le plan agronomique, nous n’avons plus d’érosion dans les parcelles en pente ou en bord de rivières. Sur les cultures de base, les rendements se sont maintenus (60 q/ha en blé) mais les charges ont diminué. » La consommation de fioul a chuté de 45 %, elle se situe à 55 l/ha. Les amortissements sont passés de 318 à 200 €/ha. Sur l’année 2018 (dernier bilan connu), la marge brute globale s’est établie à 622 €/ha, soit 112 €/ha de plus que celle du groupe CerFrance plateaux de Bourgogne spécialisé grandes cultures. Le nouveau système est plus économe et davantage efficace.

Dix ans de semis direct et de réduction des charges pourraient être mis en cause par la suppression du glyphosate que les agriculteurs utilisent avec parcimonie (à moins de 1,5 l/ha en moyenne depuis l’introduction du trèfle dans la rotation). « On se bat pour le conserver, tout en cherchant des solutions pour le remplacer dans le cadre d’un système global. »

Anne bréhier

Le contexte

Marey-sur-Tille (Côte-d’Or). La famille Redoutet cultive des terres séchantes aux réserves hydriques limitées et au faible potentiel.

Assolement : 230 ha (au total) : 70 ha de blé, 36 ha d’orge de printemps, 20 ha de maïs grain, 10,5 ha de sarrasin, 14 ha de lentilles, 11,5 ha de soja, 9 ha de blé de printemps, 7 ha d’orge d’hiver, 14 ha de trèfle (non récolté), 5 ha de luzerne fourrage, 33 ha de prairies permanentes (bêtes en pension) et bandes enherbées.

Deuxième de l’exploitation, le nouveau semoir de semis direct en Isobus, acquis il y a deux ans, a bénéficié d’une aide du PCAE (plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations). Il a été acheté 61 000 €. Le système, bricolé par Fabien pour déposer l’engrais localisé, a été réinstallé sur le matériel neuf. © Photos : A. Bréhier
L’appui du collectif

Passer à un nouveau modèle suppose de déconstruire des habitudes et des itinéraires en s’affranchissant du regard des autres. C’est plus facile quand on part à plusieurs. « Seul, il n’est pas sûr que je me serais lancé dans le semis direct et l’agriculture de conservation, pointe Didier Redoutet. L’appui du GEDA de la Tille m’a permis d’avancer sur cette thématique avec huit exploitations. En 2010, nous avons organisé une journée en présence d’un chercheur brésilien pour faire découvrir le semis direct et 600 personnes se sont déplacées. Cette belle réussite a soudé le groupe. Aujourd’hui, nous adhérons à l’Apad (1) Centre-Est. »

(1) Association pour la promotion d’une agriculture durable.

Le récap
Les points positifs
Les points négatifs
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Cet article est paru dans La France Agricole

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