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Du soja et du lupin pour diversifier la rotation

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Cultures de printemps - Du soja et du lupin pour diversifier la rotation
« J’ai implanté cet automne 4 hectares de lupin d’hiver, pour que la culture puisse produire le maximum de gousses avant l’arrivée des fortes températures », explique Benoît Minard. © B. Cailliez

Benoît Minard a introduit dans son assolement le soja puis le lupin de printemps et le lupin d’hiver, sous contrat avec sa coopérative Noriap. Des cultures peu communes dans la région, qu’il estime rentables sur son exploitation.

Enclavée dans les boucles de la Seine à 35 km de la mer, l’exploitation de Benoît Minard, à Petiville (Seine-Maritime), compte 160 hectares inondables sur les 200 de SAU. « Avec une forte proportion de cultures d’hiver, nous avions chaque année le risque de devoir ressemer au printemps les parcelles qui avaient été inondées pendant l’hiver, explique le jeune agriculteur. Pour éviter cela, j’ai introduit plusieurs cultures de printemps dans mon assolement. J’ai privilégié celles à bas niveaux d’intrants (lire l’encadré), car dans mes terres sablo-limoneuses de bord de Seine, le potentiel est limité à 80-85 q/ha en blé en année moyenne et ne monte à 90 ou 100 q/ha que les années très favorables. » Malgré cette précaution, Benoît s’est retrouvé dans l’obligation de ressemer 39 ha au printemps 2018.

Riches en protéines

Sa coopérative Noriap avait implanté des essais de soja. L’idée de tester cette culture inhabituelle pour la région, qui permet de réduire la dépendance vis-à-vis des importations de graines riches en protéines, l’a séduit. La filiale de Noriap en alimentation animale, Novial, était à la recherche de protéines végétales non OGM, produites localement. Comme le rendement a été correct, 35 q/ha, l’agriculteur en a ressemé tous les ans depuis, 15 ha cette année. Les rendements ont toujours été bons, aux alentours de 40 q/ha. « L’exploitation n’est pas irriguée, et malgré des terres très légères, le pivot du soja capte l’eau qui n’est pas trop loin, à 1,50 m », précise-t-il. La première année, Benoît a retenu une variété 000, puis est passé à une moins précoce, 00, Sirelia. Il récolte le soja entre le 25 septembre et le 25 octobre, en même temps que les premiers maïs. « Les gousses ont l’avantage de ne pas s’ouvrir et les grains de ne pas reprendre d’humidité », dit-il.

Soja comme lupin coûtent peu cher en intrants.

Fort de cette expérience, Benoît a décidé de tester en 2020 le lupin de printemps, également pour Noriap et sa filiale Novial. « Cette culture n’est pas adaptée à tous les types de sol, et doit être réservée aux pH de 7 maximum, indique-t-il. Par contre, elle supporte assez bien la sécheresse, donc les terres légères, mais pas les coups de chaud. Le 31 mai 2020, il a fait 32 °C et seules les gousses déjà formées ce jour-là ont donné des graines. Les autres fleurs ont disparu. » Résultat : l’exploitant a obtenu un rendement de 30 q/ha, ce qui est satisfaisant, mais le potentiel de la parcelle avait été évalué à 40 q. « Pour que la culture puisse produire le maximum de gousses avant l’arrivée des fortes températures, j’ai implanté cet automne 4 ha de lupin d’hiver, des variétés Orus et Magnu, poursuit-il. J’ai aussi semé 6 ha de lupin de printemps, Figaro. »

Le soja et les lupins, vendus 300 €/t, ont l’avantage de coûter peu cher en intrants, 520 à 550 €/ha, dont 350 € pour les semences, 35 € pour l’inoculum, 75 € pour la fertilisation et 60 € pour la protection herbicide. Le désherbage est l’opération la plus délicate, car peu de solutions sont disponibles. Benoît a utilisé Prowl 3 l/ha + Centium 36 CS 0,025 l/ha au semis pour le lupin, Prowl 1,7 l + Mercantor Gold 1,05 l au semis, suivi en rattrapage de Corum 1 l/ha + huile Actirob à 1 l pour le soja.

Un nombre de passages limité

Par rapport à un blé dans le même type de terre, la marge brute sur le papier est sensiblement la même (voir ci-dessus). Mais le jeune exploitant estime qu’il faut intégrer le nombre de passages limité à deux ou trois, le temps des interventions, et l’azote qui reste dans le sol après la culture. L’avantage est alors nettement en faveur du soja et du lupin, sans compter le bonus sur la culture qui suit.

« C’est derrière le soja qu’en 2019, j’ai fait mon meilleur blé, plus 10 q/ha par rapport aux autres, et qu’en 2020, j’ai obtenu mon meilleur lin, souligne Benoît Minard. Les deux cultures sont rentables dans mon système, mais pour qu’elles puissent intéresser les agriculteurs qui bénéficient de sols avec un potentiel plus important, et ont du temps et du matériel à amortir, il faudrait que leur prix soit un peu plus élevé. 300 €/t n’est pas suffisant par rapport au prix du colza ou du soja importé. »

Blandine Cailliez

Le récap
Les points positifs
  • Des cultures à bas niveaux d’intrants rentables.

  • Des légumineuses bénéfiques pour la rotation.

  • Des protéines végétales qui réduisent la dépendance vis-à-vis des importations.

Les points négatifs
  • Une prise de risque.

  • Un prix limite, pour le lupin comme pour le soja, par rapport au soja importé.

Le contexte

• À Petiville, dans la Seine-Maritime, Benoît Minard a repris, en 2017, l’exploitation de 200 ha de ses parents, basée sur une rotation blé, orges d’hiver et de printemps, colza, maïs grain et lin textile.

• Afin de limiter le risque d’inondation de ses parcelles de cultures d’hiver, il a introduit de nouvelles cultures de printemps.

• Aujourd’hui, il est passé à douze espèces différentes, en privilégiant les cultures à bas niveaux d’intrants, en particulier les protéagineux.

Deux tiers de cultures de printemps

En plus du maïs grain, du lin textile, du soja et du lupin, Benoît Minard a introduit d’autres cultures de printemps dans sa rotation, et a abandonné le colza. « Cette année, j’ai également semé 10 ha de pois potager de semences pour Vilmorin, 5 ha de féverole et 5 ha d’orge de printemps dans laquelle j’ai implanté une luzerne, détaille-t-il. J’ai aussi réservé, pour la première fois sur l’exploitation, 10 ha à la production de betteraves sucrières pour Cristal Union, et 6 ha au tournesol avec Noriap. » Cet automne, Benoît n’a consacré qu’un tiers de sa surface aux cultures d’hiver (52 ha de blé, 12 ha d’orge d’hiver et 4 ha de lupin d’hiver).

Une marge brute tout à fait correcte

Avec une variété 00, le rendement en soja atteint aux alentours de 40 q/ha.
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