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Du lait à l’herbe sous toutes ses formes

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Conduite d’élevage - Du lait à l’herbe sous toutes ses formes
« L’été, la substitution du maïs par de l’herbe affourragée n’a pas affecté la production laitière », notent Joël (à gauche) et Daniel Michoux. © A. Bréhier

Joël et Daniel Michoux ont écarté le maïs de l’alimentation de leurs vaches laitières et ont changé les pratiques de fertilisation de leurs prairies, à la suite de leur adhésion à un méthaniseur collectif.

Il y a deux ans, Joël et Daniel Michoux ont arrêté la culture des céréales à paille (10 ha), puis celle du maïs (3 ha). Ce dernier était distribué en vert aux laitières à partir du 15 août, jusqu’à fin novembre. Le matériel correspondant a été revendu et une autochargeuse d’une capacité de 25 m3 en vert a été achetée. « Le maïs facilitait le démarrage des lactations l’été, mais sa qualité était irrégulière, expliquent les associés du Gaec Deslacs à Champanges, en Haute-Savoie. Les conditions de récolte à l’automne étaient parfois délicates. Avec un climat de plus en plus sec et en altitude, à 700 mètres, il devenait difficile d’assurer de bons rendements sur nos sols très séchants superficiels. »

L’herbe issue des mélanges suisses est récoltée et distribuée à l’auge par l’autochargeuse équipée d’un démêleur. © Daniel et Joel Michoux

Semis de prairies sous couvert

Aujourd’hui, les 60 vaches abondances et montbéliardes sont affouragées l’été avec de l’herbe de bonnes prairies temporaires, en complément du pâturage. « Issue de mélange OH suisse, et récoltée à l’autochargeuse, elle est équilibrée en azote et en énergie », précise Joël. Renouvelées tous les cinq ans, les prairies sont fertilisées avec du compost début mars (12 m3/ha), puis un apport de digestat liquide après le deuxième pâturage (15 m3/ha).

L’hiver, la ration se compose de foin (10 kg en balles rondes) et de regain (5 kg), avec une complémentation distribuée au Dac. Celle-ci se compose, en moyenne, de 4 kg de céréales achetées, 1 kg de tourteau 40 et 1 kg de concentré de type VL 30, par vache et par jour.

« Nous avons produit 20 000 litres supplémentaires avec le même effectif. »

Mises à l’herbe fin mars, les laitières pâturent jour et nuit à partir d’avril. 30 hectares, organisés en parcelles de trois à quatre jours, leur sont réservés. Le fil est avancé quotidiennement et les refus sont broyés. Dès que la sécheresse s’installe et que la pousse ralentit, l’autochargeuse prend le relais.

L’arrêt du maïs en vert n’a pas affecté la production laitière. Au contraire. « En 2020, nous avons produit avec le même nombre de vaches 20 000 litres supplémentaires, avec un TP de 34 g/kg et un TB de 40 g/kg », note Daniel.

Pour combler le déficit fourrager estival, de plus en plus précoce, et pour produire de l’alimentation à une période où les prairies permanentes souffrent, les éleveurs testent cette année leurs premiers méteils sur 2 hectares. Prometteurs, les mélanges de féverole, avoine, triticale, pois et vesce seront récoltés en juin en multicoupes. L’herbe des prairies temporaires semées sous couvert du méteil, récoltée à l’autochargeuse (au moins la première année), prendra ensuite le relais. La culture des méteils doit permettre de réimplanter des prairies sans labour. Sur celles qui grillent, le sursemis n’a donné que des résultats aléatoires. Outre du compost, le méteil a reçu 30 unités d’ammonitrate. Si l’essai est réussi, 2 hectares supplémentaires seront implantés en 2022.

Les vaches sont mises à l’herbe fin mars. Elles pâturent jour et nuit à partir d’avril. © Daniel et Joel Michoux

Plus aucun traitement phyto

Situé au-dessus du lac Léman, dans l’impluvium des eaux d’Évian, l’élevage est engagé depuis cinq ans dans la démarche collective de valorisation des effluents par la méthanisation, baptisée Terragr’eau (43 exploitations impliquées). Il s’est inscrit plus récemment dans un programme d’agriculture régénératrice « Zéro phyto, zéro engrais minéral », porté par la chambre d’agriculture et Danone. Un diagnostic CAP2ER a été réalisé. « Nous voulons continuer à progresser en protégeant nos sources et nos sols, soulignent les éleveurs. Il y a cinq ans, en plus de tous nos fumiers et lisiers, pas toujours utilisés à temps et à bon escient, nous recourions à au moins 8 tonnes d’engrais. En 2021, nous n’avons que très peu attelé le semoir à engrais et nous ne faisons plus aucun traitement phytosanitaire. »

Du fumier et lisier, les éleveurs sont passés au compost et au digestat liquide, dont la distance d’épandage peut être réduite à 15 mètres des habitations. « Les effluents sont collectés par la société qui gère le méthaniseur et épandus par la Cuma, moyennant un coût de 2 euros la tonne, plan de fumure inclus, avec un contrat de quinze ans », ajoutent-ils.

Anne Bréhier

Le récap
Les points positifs
  • Une culture en moins (maïs).

  • Performances du troupeau maintenues.

  • Suppression des phytos et réduction des engrais minéraux .

Les points négatifs
  • Organisation du travail pour l’affourragement.

  • Pas d’autonomie pour l’épandage des effluents.

Le contexte

• À Champanges, en Haute-Savoie, Joël et Daniel Michoux sont à la tête d’une exploitation de 90 ha de SAU, dont :

- 2 ha de méteils

- 11 ha de prairies temporaires

- le reste en prairies permanentes.

• Ils disposent de 40 ha accessibles depuis les bâtiments, ce qui est rare dans ce secteur périurbain.

• Leurs 60 vaches (40 % d’abondances, 60 % de montbéliardes) produisent 440 000 litres de lait Abondance AOP à 40 g/kg de TB et 34 g/kg de TP, en qualité A.

Un prix du lait « encourageant »

Au fil des années, les éleveurs ont progressé techniquement et sont devenus plus efficients économiquement.

« Nous sommes vigilants sur nos charges, en particulier celles liées à la mécanisation. Récemment, une salle de traite 2 × 2 tandem a été remplacée par une 2 × 6 TPA reliée au Dac, et nous devrions réduire la consommation de concentrés. Par ailleurs, nous assurons nous-mêmes les inséminations. L’augmentation du prix de notre lait depuis dix ans est motivante. Il est aujourd’hui supérieur à celui de la moyenne des laits Abondance, de 550 € les 1 000  l, toutes qualités confondues. C’est encourageant. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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