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Des vaches nourrices pour élever des veaux de lait bio

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Marché de niche - Des vaches nourrices pour élever des veaux de lait bio
En fonction de la quantité de lait requise, Hubert Filatre laisse les vaches taries un à deux mois et demi. © L. Pouchard/GFA

Hubert Filatre, éleveur en Loire-Atlantique, offre une seconde carrière aux laitières de type mixte de son secteur en tant que vaches nourrices. Il valorise ainsi une centaine de veaux de lait chaque année en agriculture biologique.

Qu’elles soient de races normande, simmental ou montbéliarde, les laitières âgées ou prêtes à la réforme, issues d’un élevage bio, sont de parfaites candidates pour l’exploitation d’Hubert Filatre. Installé depuis 2017, cet ancien conseiller à la chambre d’agriculture de Loire-Atlantique s’est lancé dans la production exclusive de veaux sous vaches nourrices. « Je collecte des veaux allaitants ou croisés viande sur vache mixte auprès des éleveurs bio de mon secteur », indique-t-il.

« Je privilégie les productrices régulières et dociles aux vaches à fort rendement. »

Une acclimatation à surveiller de près

Les acquisitions se font dans une relation de confiance. Hubert, qui convient d’un prix d’achat moyen de 250 € par animal selon le marché, attend en retour une certaine qualité. Et pour s’éviter trop de tracas sanitaires, il récupère les veaux à l’âge de vingt et un jours. « Ils ont souvent été habitués à téter sous leur mère ou à la tétine, facilitant la transition à leur arrivée », explique-t-il.

Une large partie des veaux sont issus d’un croisement viande (charolais, limousin, blanc bleu belge, Inra 95) sur vache mixte. © L. Pouchard/GFA

L’approvisionnement extérieur est complété par les naissances sur place. Un taureau limousin présent sur l’exploitation assure la reproduction des vaches laitières recueillies. Les jeunes pensionnaires sont ensuite répartis en cases collectives, sur aire paillée. Les vaches, à la fois mères et nourrices, viennent aux veaux pour la tétée chaque matin et chaque soir, par petits groupes. En moyenne, une nourricière permet de valoriser trois animaux par an.

« L’arrivée perpétuelle de veaux tout-venant, mêlés à ceux nés à la ferme, constitue un facteur de risque », confie l’éleveur. Si plusieurs soins préventifs sont appliqués aux animaux pour renforcer leurs défenses immunitaires – huiles essentielles, oligoéléments… –, le brassage du microbisme reste élevé. Hubert, qui ne peut utiliser qu’un traitement allopathique au cours de la vie du veau en cas de besoin, recense une mortalité de 10 à 12 % chaque année.

« Les croissances des veaux sont modérées, autour de 850 g de poids de carcasse par jour de vie », calcule Hubert Filatre. La conformation et la note d’état visées sont R3. « Les croisés allaitants sur vache mixte ont tendance à déposer du gras plus rapidement », note Maude Jay, sa conseillère. © L. Pouchard/GFA

S’agissant du cheptel des mères, le renouvellement est assuré par des achats extérieurs, allant de 800 à 1 000 € par animal. « Je ne suis pas très exigeant sur la quantité de lait, mais plutôt attentif à la régularité de production et à la docilité des vaches, relève Hubert. Ces dernières doivent accepter de se laisser téter facilement par les veaux. Elles doivent aussi trouver leur place dans la hiérarchie du troupeau. » Celles qui ne parviennent pas à s’adapter sont réformées. L’an passé, Hubert en a vendu onze, pour une moyenne de 3,25 €/kgc.

Cibler des petits gabarits

Quant aux veaux, ils sont abattus entre trois et quatre mois, pour un poids de carcasse de 100 à 110 kg. Selon la conformation, la note d’état d’engraissement et la couleur, ils sont valorisés entre 7 € et 9,35 €/kg de carcasse dans les boucheries traditionnelles et Biocoop alentour, via le réseau Bretagne viande bio (BVB). Ce marché de niche compte sept cents veaux de lait produits annuellement par une poignée d’éleveurs spécialisés. « Les bouchers apprécient les petits gabarits produits et les rotations hebdomadaires­ en volume », explique Maude Jay, responsable de la filière veaux chez BVB.

Pour assurer la continuité des apports, Hubert Filatre se rend à l’abattoir pratiquement chaque semaine . « Les sorties sont planifiées au gré de la demande, ce qui requiert un ajustement permanent des mises en place », précise l’éleveur, également président délégué de Bretagne viande bio.

Lucie Pouchard

Le contexte

Hubert Filatre possède 35 vaches laitières de race mixte à Nozay, en Loire-Atlantique.

L’exploitation s’étend sur 45 ha en fermage, dont

• 18 ha de prairies temporaires multi-espèces accessibles aux vaches et 14 ha de fauche et d’enrubannage d’herbe

• 9 ha de prairies permanentes

• 2 ha de betteraves fourragères

• 2 ha de mélange céréales protéagineux (triticale, pois, féverole).

Une conduite expérimentée par l’Institut de l’élevage

Dans le cadre du projet Casdar RenouVeau mené par l’Institut de l’élevage (Idele), de nouveaux modes de production des veaux de boucherie sont à l’étude aux stations du Rheu (Ille-et-Vilaine) et de Mauron (Morbihan ). « Si les conduites testées concernent essentiellement les modes de logement à destination des engraisseurs spécialisés, l’une se consacre à la production de veaux sous vaches nourrices », explique Didier Bastien, de l’Idele.

En 2020, des veaux croisés blanc bleu × prim’holstein ont été élevés sous des montbéliardes, au pâturage d’avril à octobre et en stabulation l’hiver. « L’expérience sera renouvelée cette année avec des vaches normandes puis prim’holsteins, afin de tirer des enseignements de cette pratique, qui peut intéresser des éleveurs laitiers comme atelier complémentaire pour valoriser les veaux. »

Le récap
Les points positifs
  • Qualité et maîtrise du produit né, abattu et vendu localement.

  • Services rendus au sein de la filière.

  • Peu de capitaux à investir.

Les points négatifs
  • Système plus sujet aux problèmes sanitaires et à la mortalité des veaux.

  • Planification des sorties à flux tiré.

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L’offre restreinte permet une bonne tenue des cours

Dans les races à viande, le commerce gagne en fluidité. En réformes laitières, après une semaine dédiée aux moissons, les disponibilités pour les abattoirs accusent une forte baisse alors que la demande reste régulière.
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Tendance à la baisse

Avec l’accroissement de l’offre, les intégrateurs n’ont aucune difficulté à s’approvisionner. Ces derniers pratiquent un tri sévère dans les lots, face à une qualité qui s’amoindrit. Les éleveurs ne cherchent plus à garder leurs veaux pour les faire grossir, voyant les tarifs se dégrader semaine après semaine.
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Cet article est paru dans La France Agricole

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