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Des protéines et des fourrages locaux pour les chèvres

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Philippe Poirier (3 © A. RICHARD

Le Gaec de Villequemoy a accru l’utilisation de ses cultures, en particulier la luzerne, le colza et la betterave fourragère, dans l’alimentation de son troupeau caprin.

Avec l’évolution du cahier des charges de l’AOP Selles-sur-Cher, dans les années 2005-2012, Philippe et Corinne Poirier, installés à Couffy (Loir-et-Cher), ont cherché un nouveau modèle pour l’alimentation de leurs chèvres. Comment apporter autant de protéines et d’énergie avec une nourriture provenant à 75 % de leur exploitation ou de la zone AOP, et excluant les OGM ? Philippe teste d’abord diverses cultures (lupins, petits pois…) et distribue la ration à la mélangeuse, mais des problèmes d’acidose surgissent. Une partie de la solution arrive en 2006, grâce au regroupement de l’exploitation avec celle d’un voisin, Renaud Cherouvrier. Les associés agrandissent les surfaces en luzerne et en trèfle. Aujourd’hui, un tiers des terres labourables est consacré aux légumineuses destinées à l’alimentation des chèvres.

La ration hivernale comporte 1,5 à 2 kg de foin de luzerne, trèfle et prairie naturelle/jour/chèvre, ainsi que 500 g de céréales. « On ne peut pas monter à plus de 700 g de céréales, pour ne pas être en excès d’amidon. Il a donc fallu trouver une autre culture pour les apports énergétiques. J’ai testé les betteraves fourragères. Les chèvres en raffolent ! », indique Philippe. Il en distribue 2 kg/jour d’octobre à mars. Mais cette nouvelle culture requiert du matériel spécifique. Les associés ont acheté une arracheuse d’occasion (4 000 €) et investi dans un godet (8 000 €) pour les laver et les découper.

Un tourteau de qualité

Afin de stabiliser la ration, Philippe ajoute 700 g d’aliment du commerce, à base de luzerne, de pulpe de betterave et de drèche de blé. C’est le seul aliment qu’il achète hors de la zone. « Son ajout sécurise les rendements quand le foin est de moindre qualité. En moyenne, il apporte 150 à 200 l de lait par chèvre et par an. »

Pour distribuer des protéines produites dans la zone de l’AOP, les éleveurs souhaitaient aussi valoriser leur colza. Un agriculteur voisin, adhérent comme eux à la Cuma de la Poussière, Daniel Rabier, possède une petite presse à huile. Il donne le tourteau à ses bêtes et utilise l’huile en carburant. Mais la presse ayant une capacité limitée à 200 t de colza par an, il ne peut répondre aux demandes de ses collègues. À sept adhérents de la Cuma, parmi lesquels le Gaec de Villequemoy, ils décident d’acheter une presse plus grosse pour passer à 1 000 t/an.

En 2012, ils montent une véritable filière (lire encadré), qui permet d’obtenir un tourteau de colza de qualité (10 % de matière grasse, 28 % de protéines). « Nous avons gagné sur tous les plans, indique Philippe. Nous produisons en local, à des coûts similaires à ceux du tourteau industriel (260 €/t), mais avec une qualité supérieure, dont nous voyons l’impact sur nos résultats zootechniques. Les taux butyreux (41 g/kg) et protéique (38 g/kg) du lait de nos chèvres ont fortement augmenté, ce qui a nettement augmenté le prix du lait et, donc, le gain d’efficacité. Sans oublier l’état corporel des animaux, qui s’est nettement amélioré. »

Résultat spectaculaire

Depuis deux ans, dans la ration d’été, le foin est remplacé par de l’affouragement en vert. « Lors du printemps pluvieux de 2016, nous ne pouvions pas récolter le foin. Nous avons rapidement acheté une autochargeuse pour alimenter les bêtes en fourrage frais », précise Philippe. Matin et soir, de mars à fin septembre, il coupe les fourrages et les distribue aux chèvres. Les parcelles sont proches de la bergerie et le travail est réalisé en une heure.

Dès le mois de mars, il commence par du ray-grass d’Italie. Au 15 mai, la luzerne ou le trèfle prennent le relais. Puis, c’est le tour des prairies naturelles. « La nouvelle ration est spectaculaire. Lorsque nous apportons le ray-grass, nous augmentons la quantité de lait de 150 l sur deux mois, avec 200 g de concentré en moins. Sans compter qu’avec l’autochargeuse, les parcelles sont propres », s’enthousiasme-t-il.

La production laitière est passée de 900 à 1 000 l/an en six ans. Avec un TB en hausse, le lait est payé 850 €/1 000 l, contre 750 € en moyenne dans la région. « L’autonomie alimentaire n’est pas un retour en arrière. Au Gaec de Villequemoy, où elle est passée de 63 à 79 %, elle apporte une réelle efficience », juge benoît Foisnon, conseiller à la chambre d’agriculture. Mais cela implique un parc de matériel important (les charges de mécanisation s’élèvent à 250 €/ha) et beaucoup de travail. Le Gaec réfléchit à embaucher une nouvelle personne…

Aude Richard
Énergie. Les betteraves fourragères ont été introduites dans la ration. Riches en énergie, elles n’entraînent pas d’acidose.
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Le contexte

Le Gaec de Villequemoy à Couffy (Loir-et-Cher) compte 4 associés et 4 salariés, dont un apprenti.

SAU de 266 ha : 60 ha de blé, 15 ha d’orge, 25 ha de maïs grain, 20 ha de colza, 3 ha de betteraves fourragères, 80 ha de prairies Natura 2000, 62 ha de légumineuses (luzerne, trèfle et ray-grass d’Italie).

Élevage caprin : 600 chèvres et 180 chevrettes. Production de 600 000 l de lait, dont 170 000 l transformés à la ferme en majorité en AOP Selles-sur-Cher.

Élevage bovin : atelier allaitant en construction de 30 génisses parthenaises et 15 mères.

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Une filière de tourteau de colza locale

À la frontière entre le Loir-et-Cher et l’Indre, une quinzaine de céréaliers et d’éleveurs se sont regroupés en Cuma pour transformer les graines de colza en huile et en tourteau. Ils ont investi 270 000 € dans une presse à huile, un pont-bascule ainsi qu’une cellule de stockage, et ont créé un groupement d’intérêt économique, le GIE Oléoappro pour la commercialisation des produits (360 t de tourteau et 240 t d’huile). Une cinquantaine de clients achètent le tourteau et les demandes sont croissantes. Mais il faut aussi valoriser l’huile… « Pour que la presse soit rentable, nous devons la vendre autour de 700-800 €/t. Les débouchés sont les adjuvants, les applications industrielles ou la protection de plants de pomme de terre. Mais ce n’est pas suffisant. Nous démarchons les entreprises agroalimentaires et les grandes surfaces pour l’alimentation humaine », explique Daniel Rabier, président de la Cuma de la Poussière.

Le récap
Les points positifs
  • Efficience du système.

  • Augmentation de l’EBE.

  • Valorisation des ressources locales.

Les points négatifs
  • Matériel de fenaison en double.

  • Main-d’œuvre importante.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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