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Des prairies temporaires riches en légumineuses

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Priorité au lait.Dans le choix de ses taureaux, Éric Roubeau privilégie les qualités maternelles, en particulier la valeur laitière. © Photos : A. Bréhier

Éric et Régine Roubeau implantent des prairies multi-espèces, intégrées dans l’assolement, pour nourrir leur troupeau charolais tout en réduisant les apports de correcteur azoté.

Pour nourrir le troupeau de charolaises, Éric Roubeau, installé avec sa femme Régine à Pazy, dans la Nièvre, cultive depuis plus de vingt-cinq ans des prairies multi-espèces (ray-grass anglais, fétuque élevée, dactyle, trèfle blanc, lotier, fléole…), ainsi que des associations luzerne-dactyle, intégrées dans la rotation culturale. Ces prairies temporaires se sont substituées en partie au colza dans les assolements. « Compte tenu de la nature de nos sols, très hétérogènes, il est vain de rechercher la quantité, explique le polyculteur-éleveur. Les luzernes plafonnent à 7,8 tonnes de matière sèche par hectare et par an, les blés à 70 q/ha. En revanche, on peut travailler la qualité. » Selon les terrains, l’agriculteur adapte ses mélanges : « Sur une veine humide, j’incorpore davantage de fléole et moins de dactyle. Sur une parcelle plus sèche, je mets davantage de fétuque et de dactyle. » Les espèces prairiales sont aussi choisies en fonction des besoins des bovins, hébergés sur deux sites distants de 20 km : les laitonnes et les génisses sont à Chitry, les vaches et leurs veaux à Pazy.

Les prairies de dactyle-luzerne, cultivées sur les sols argilo-calcaires de Chitry, et ensilées, sont consommées par les jeunes hébergés sur ce site. Implantées pour au moins cinq ans, elles reçoivent 10 à 15 tonnes de fumier, ou un engrais de fond riche en phosphore (0-30-15), tous les trois ans. Les prairies multi-espèces de Pazy, moins riches en protéines, sont distribuées sous forme d’ensilage aux vaches regroupées sur le site. Les animaux sont mis à l’herbe mi-avril sur 91 ha, soit 46 ares par UGB pour les vaches, en pâturage tournant. Par ailleurs, 80 ha (les prairies temporaires et une partie des permanentes) sont fauchés en première coupe. La moitié est coupée précocement, fin mai, pour être ensilée, tandis que le reste est récolté en foin. Une partie des secondes coupes est réservée à l’affouragement en sec des laitonnes après sevrage, et avant leur rentrée en bâtiment, en octobre ou novembre.

Moins de concentrés pour les femelles en finition

Depuis vingt-cinq ans, Régine et Éric n’achètent plus de tourteau. Cette année toutefois, compte tenu du printemps difficile et des mauvaises valeurs alimentaires des prairies temporaires (seulement 0,60 UF/kg de MS), ensilées tardivement à Pazy, peut-être devront-ils acheter des protéines pour équilibrer la ration hivernale des vaches. Habituellement, celle-ci se compose d’ensilage de prairies multi-espèces (13 à 20 kg bruts par vache), de foin (7,5 kg), de paille et de CMV (100 g), ainsi que 0,5 kg de céréales pour les charolaises en lactation.

Un audit réalisé récemment sur l’exploitation a souligné les très bons résultats du troupeau (voir tableau) et identifié quelques marges de progrès. En effet, des économies de concentrés seraient possibles sur la finition des femelles. Chaque année, faute de place au pâturage, vingt à vingt-cinq vaches suitées, ainsi qu’une vingtaine de génisses de deux ans, ne sont pas remises à l’herbe, mais finies à l’auge. Outre de la paille et du foin, les femelles reçoivent 8 à 15 kg d’un mélange fermier constitué à 60 % de céréales (blé-orge) et à 40 % d’un aliment du commerce riche en protéines (pulpes de betterave, drèche de blé, tourteau de lin, luzerne, etc.), titrant à 23 % de MAT. Les veaux, que l’éleveur tient à conserver pour la génétique, sont sevrés à quatre mois et complémentés au parc. La finition de ces femelles « coûte » 80 tonnes de concentrés chaque année. En substituant des méteils avoine de printemps-pois, ou des troisième coupes ensilées de luzerne-dactyle, à une partie de l’aliment fermier, il serait possible de réduire les coûts de concentrés sans perdre en performance et en qualité de viande.

Incorporation de méteil avoine-pois

L’essai réalisé cette année par Éric est encourageant : 10 kg de méteil avoine-pois ont été incorporés dans l’alimentation des vaches en finition, avec 1,5 kg de paille et 11 kg d’aliment azoté du commerce (à 14 % de MAT, au lieu des 23 % habituels), pour une ration moins coûteuse. Outre un parcours de 1 à 2 ha, un bâtiment pour la distribution du méteil était accessible aux vaches. Une ration équivalente a été administrée aux génisses. « Enrubannés, les méteils ont fait un très bon aliment, observe Éric. Ils ont aussi permis de valoriser les couverts, dont la culture est obligatoire ici, puisque nous sommes situés en zone vulnérable. » La troisième coupe de luzerne-dactyle, enrubannée cette année, sera intégrée l’an prochain dans la ration de finition des femelles.

Pour exploiter au mieux le potentiel fourrager de leur exploitation, Éric et Régine envisagent de réduire le nombre de génisses, en développant le vêlage deux ans sur une partie du troupeau, contre un vêlage trois ans aujourd’hui.

Anne Bréhier
Raisonner sur l’évolution globale du système

« Autonomie ne rime pas systématiquement avec efficacité économique, prévient Christian Bourge, responsable du service élevage de la chambre d’agriculture de la Nièvre. Pour éviter que la recherche d’autonomie protéique et fourragère ne se réduise à un simple transfert de charges - davantage de légumineuses cultivées mais moins de colza à vendre, moins de concentrés achetés mais davantage de charges de mécanisation -, il faut penser globalement l’évolution de son système. C’est ce qui a été fait chez Régine et Éric Roubeau. Leurs résultats témoignent d’une grande efficience économique, d’une bonne maîtrise des charges opérationnelle et de structure, avec des investissements raisonnés et étalés dans le temps. »

Finition. Les génisses de 30-33 mois sont vendues à 410 kg de carcasse, les vaches finies à 470 kg.
Le contexte

À Pazy, dans la Nièvre, Éric et Régine Roubeau mènent une exploitation de polyculture-élevage bovin allaitant, avec un salarié à temps plein et un autre à 1/6e.

SAU de 285 ha : 123 ha de cultures (blé, orge, colza, tournesol, méteil) et 162 ha d’herbe (14 ha de luzerne-dactyle, 25 ha de prairies multiespèces, 123 ha de permanentes)

Troupeau allaitant : 158 charolaises conduites en monte naturelle. 140 vêlages groupés autour de mi-février. Vente de 70 broutards lourds, 38 génisses finies de 30-33 mois et 15 génisses maigres de 14-16 mois.

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Le récap
Les points positifs
Les points négatifs
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Cet article est paru dans La France Agricole

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