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Des mérinos aux lacaunes lait pour contrer les loups

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Le 31 octobre 2019, au moment du tri à la redescente de l’alpage, il manquait 10 % de l’effectif monté en juin.

Le Gaec de la Parrachée opte pour la fabrication de fromages pour faire face aux lourdes charges induites par la prédation non prises en compte en totalité par l’administration.

Depuis 2003, la famille Dinez, qui élève des brebis, à Sollières-Sadières en Savoie, n’a pas cessé de mettre en place des stratégies pour déjouer les attaques de loups. « Cette année-là, dès les premiers assauts du prédateur sur nos mérinos, nous avons perdu près d’une centaine de bêtes sur les estives pendant l’été, soit près de 10 % de notre troupeau », explique Bernard Dinez, à la tête du Gaec de La Parrachée (1), avec son épouse Cécile et leur fils Kévin.

Dès cet épisode, la rentabilité de l’exploitation a été mise à mal. À cette époque, le couple avait encore une activité salariée à l’extérieur : aux remontées mécaniques à temps partiel et employée (à temps plein) pour Cécile dans la restauration. L’organisation du travail, autour des 450 brebis mérinos, permettait d’assurer ces occupations en dehors de la ferme pendant l’hiver et de faire les foins en été. « Nous allions trois fois par semaine visiter le troupeau sur l’estive, explique Bernard. Sur les sommets, situés entre 1 500 et 2 700 m au-dessus de l’exploitation, les animaux restaient (souvent) à portée de jumelles. »

À cette période, les agneaux grimpaient avec leur mère en alpage. En septembre-octobre, à leur retour de l’alpage, ils étaient prêts à vendre. Aujourd’hui, la plupart des agneaux viande sont finis en bergerie et ne montent plus en estive, car ceux qui échappent aux prédateurs sont beaucoup plus légers à la « redescente ». Il leur manque 6 à 7 kg. Ce qui impose une finition en bergerie. C’est une des conséquences du regroupement en parc de nuit. Les animaux sont empêchés de pâturer à un moment pourtant privilégié, quand les températures sont fraîches. Cela ralentit leur croissance.

Dès 2004, les exploitants ont installé la panoplie complète des moyens de protection pour leurs bêtes. Chiens, berger salarié, parc de nuit, nouveau chalet d’alpage… font désormais partie de l’organisation estivale de leur travail. « Entre 20 et 50 % des frais engendrés par ces équipements restent à notre charge, déplore Bernard. Sans compter le temps consacré à la surveillance, qui nous impose d’être jour et nuit auprès des animaux. »

Juguler les surcoûts

La finition des agneaux « viande » coûte également une fortune. L’aliment concentré est livré à la ferme, située à 1 300 m d’altitude, au prix de 320 €/t. « Il en faut 20 kg/animal environ (15 €), auxquels il faut ajouter 16 € de foin (80 kg à 200 €/t, prix payé en 2018) et des frais d’élevage que nous n’avons pas en estive. Au total, ce sont 34 €/agneau qu’il faut déduire du prix de vente », calcule Bernard.

Pour juguler les frais liés aux conséquences de la prédation, les brebis laitières lacaunes sont apparues comme étant la solution aux éleveurs avec la fabrication de fromage. « Avec un lait valorisé à 2 300 €/1 000 l, c’est le moyen d’augmenter le produit d’exploitation et faire face aux nouvelles charges », déclare Bernard.

Les agriculteurs se sont perfectionnés dans la fabrication des fromages et se sont imposés sur un marché où l’offre en tomettes de brebis était peu importante. Aujourd’hui, ils transforment 120 000 l de lait (240 l/brebis) et bénéficient d’une clientèle de grossistes fidèle.

Au fil du temps, l’effectif des laitières a augmenté pour atteindre 450. Les 150 brebis « viande », thônes et marthod, ne valent leur salut que par la présence d’un alpage difficile à exploiter. Pour faciliter le travail, le Gaec a investi dans un nouveau bâtiment (lire encadré p. 34). Les troupeaux, laitier ou viande, restent toujours très vulnérables aux attaques de loups. Ainsi, 10 % de l’effectif manquent à l’appel chaque année. En 2017, à la suite d’attaques sur les brebis laitières mises en lutte, la fertilité a été catastrophique. 70 % des brebis étaient vides. Les associés ont dû acheter des femelles prêtes à agneler pour pallier le manque de production, ce qui a engendré des problèmes sanitaires.

Marie-France Malterre

(1) Le Gaec de la Parrachée est né en 2012, à l’installation de Kévin.

Un bâtiment pour améliorer l’organisation du travail

« Nous avons décidé de construire une bergerie avec une salle de traite afin de travailler confortablement », déclarent Kévin, Bernard et Cécile Dinez. Elle est bâtie sur le modèle des installations du rayon de roquefort. D’une capacité de 650 places, elle comprend quatre aires paillées et deux tapis d’alimentation. « La salle de traite nous permet de traire 300 brebis à l’heure, ajoute Bernard. Au total, nous avons gagné quatre heures de travail par jour, tout en diminuant la pénibilité par rapport à l’ancien bâtiment. »

« Les problèmes de la prédation décuplent le temps de travail auprès des animaux », expliquent Bernard, Cécile et Kévin Dinez. © Photos : M.-F. Malterre
Contexte

• Cécile et Bernard Dinez sont installés en Gaec à Sollières-Sardières en Savoie. Kévin, leur fils, les a rejoints en 2012. Il assure aussi un emploi de moniteur de ski pendant l’hiver.

• L’effectif de brebis en 2019 comprend 450 lacaunes lait ainsi que 150 brebis thônes et marthod.

• Les surfaces sont constituées de 550 ha d’estive et 70 ha de près de fauche.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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