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Des mâles conduits en taurillons maigres

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Au pré. La deuxième année, les taurillons reçoivent 150 kg de concentré, du lâcher au pré jusqu’à leur vente, à quinze-seize mois. ©

Sur les terres hydromorphes de leur exploitation herbagère, Bernard et Élodie Villette ont mis en place un système économe et autonome.

En s’installant en 1994 à Rémilly, hors cadre familial, Bernard Villette n’avait pas choisi la facilité. « L’exploitation craint autant l’humidité que le sec », explique l’éleveur, rejoint en 2008 par sa femme Élodie. Le parcellaire groupé, entouré de bois et de rivières, est en revanche adapté à la production de taurillons maigres. Bernard Villette en pointe les avantages : « Peu coûteuse en intrants, elle permet de tamponner les effets climatiques. En octobre 2016, il manquait 35 kg de poids par veau au sevrage. Le très bon printemps de 2017 a permis de les récupérer, sans distribuer davantage de concentrés. »

Ce raisonnement économe vaut pour l’ensemble du troupeau. Les éleveurs ont fait le choix d’un vêlage de fin d’hiver (date moyenne au 13 mars en 2016). « L’objectif est que les veaux soient forts en mai, et qu’ils valorisent le lait de leurs mères et l’herbe », précise-t-il. Lâchés au pré dès la mi-avril, ils ne sont pas complémentés la première année. Ils sont sevrés autour du 20 octobre et hivernés à partir de décembre au foin (1 à 2 kg en fin d’hiver). Le poids à la rentrée en étable varie de 260 à 300 kg, selon le contexte climatique de l’année. Les mâles ressortent au printemps suivant et profitent de la croissance compensatrice à l’herbe.

Les conditions de 2017 ont été plus favorables que celles de 2016 : avec 3 kg maximum d’aliment par jour (50 % de triticale aplati et 50 % d’un aliment complet à 23 % de matière azotée totale, MAT), les quarante taurillons ont réalisé un gain moyen quotidien (GMQ) de 2 kg entre le lâcher au pré et leur commercialisation (entre le 25 mai et le 15 juin). L’idéal est de les lâcher à l’herbe autour de 350-380 kg de poids vif. « Au-dessus de 400 kg, le GMQ au pré descend en dessous de 1 200 grammes », note l’agriculteur. Une bonne maîtrise de l’herbe, ainsi qu’une gestion fine du pâturage, sont essentielles pour sortir les animaux dans une fenêtre commerciale très courte.

Un pâturage de printemps contraignant

Au printemps, avec les taurillons maigres répartis en trois lots, les vaches allotées par groupes de trente avec un taureau, les génisses de deux ans dispersées dans les lots de vaches suitées et un lot de laitonnes… le pâturage est contraignant sur les vingt-deux parcelles de l’exploitation. La surface disponible s’élève à 37 ares par unité gros bovin (UGB). L’été, la vente précoce des taurillons (26 % des UGB totales) permet d’alléger le chargement. Les surfaces qui leur étaient consacrées, ainsi que les repousses des premières coupes, sont redistribuées aux lots restants. La surface disponible passe alors à 93 ares par UGB.

Avec quarante-cinq vaches par unité de main-d’œuvre (UMO) et un besoin de temps pour ajuster le pâturage et surveiller les animaux (deux fois par jour au printemps), il n’y a jamais de parcelle sous-exploitée. D’autant que les sols limono-sableux, froids et humides, autrefois en partie couverts d’étangs, présentent un potentiel agronomique limité. Cela n’exclut pas une exploitation fourragère relativement intensive, avec un chargement de 1,24 UGB/ha d’herbe, contre 1,15 en moyenne dans le canton. Ainsi, 48 % de la surface en herbe est fauchée en première coupe, davantage que la moyenne du secteur (42 %). Un quart de la surface fauchée est déprimée au plus tard au 1er mai. Quand le printemps est trop humide, Bernard fait pâturer les animaux au fil.

90 % des vêlages dans les cent jours

Depuis leur installation, Bernard et Élodie travaillent à améliorer le potentiel fourrager de l’exploitation : les chaulages sont systématiques avant l’implantation des prairies temporaires, tous les quatre à cinq ans. Les pratiques d’exploitation des prairies ont amélioré la flore et l’ont enrichie en légumineuses. Depuis qu’une stabulation libre s’est substituée à l’étable entravée en 1999, 500 tonnes de fumier sont disponibles chaque année, ce qui réduit d’autant les achats d’engrais minéral.

Ce système « taurillons maigres » se caractérise aussi par une bonne maîtrise de la reproduction. La proportion des vêlages réalisés dans les cent jours suivant le démarrage des naissances, fin janvier, est de 90 %. Le taux de vaches gestantes sur celles mises au taureau s’élève à 95 %.

Enfin, le contrôle des charges opérationnelles et de structure contribue à la bonne efficacité économique. Ainsi, le matériel est acheté en copropriété avec le frère de Bernard, installé sur une ferme voisine. « Si la production baisse, on limite les dépenses et on fait le dos rond, ajoute Bernard. C’est possible avec un système peu gourmand en intrants comme le nôtre. »

Anne Bréhier
Logement.Chez Bernard et Élodie Villette, la stabulation abrite tous les animaux. Une heure et demie suffit pour panser les 90 vaches et leurs suites.
« Une production économiquement intéressante »

« En Bourgogne, la production de taurillons maigres a beaucoup diminué depuis l’avènement du broutard. En 2015, seulement 8 % des mâles ont été commercialisés dans cette filière. C’est pourtant une production intéressante. Bien menée, elle permet d’atteindre un niveau d’efficience économique supérieur à 40 %. Loin d’être ringarde, c’est une production très technique, qui demande un grand sens de l’observation des animaux et une très bonne organisation au pâturage. Pour la filière, elle contribue à combler le déficit de broutards en période creuse. »

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Le contexte

À Rémilly, dans la Nièvre, Élodie et Bernard Villette élèvent 90 charolaises et leurs suites.

SAU de 110 hectares : 85 ha de prairies permanentes, 19 ha de prairies temporaires et 5,6 ha de triticale. Une trentaine d’hectares sont inondables.

Débouchés : les mâles sont valorisés en taurillons maigres. Une partie des femelles est gardée pour le renouvellement, les autres sont vendues en broutardes repoussées ou en génisses de 18-24 mois maigres. Les vaches de réforme sont finies après sevrage de leur veau et vendues en décembre.

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Le récap
Les points positifs
  • Système peu coûteux en intrants.

  • Bonne efficience économique.

  • Sur deux ans, l’impact climatique est atténué.

Les points négatifs
  • Fenêtre commerciale courte.

  • Nécessite un parcellaire adapté.

  • Bonne maîtrise du pâturage au printemps indispensable.

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Cet article est paru dans La France Agricole

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