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Des doubles cultures pour un double bénéfice

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Mélanges dans la rotation - Des doubles cultures pour un double bénéfice
Cette parcelle de Vincent Grosse a été semée à l’automne 2020 avec un mélange à base de triticale d’hiver (90 kg), de vesce (25 kg), de pois fourrager (12-13 kg), de trèfle incarnat (2 kg). Il sera récolté au printemps à destination des animaux. © D. Péronne

Afin de contrer le vulpin, Vincent Grosse a introduit dans sa rotation des mélanges de cultures, qu’il récolte en vert, et des prairies. Ainsi, il renforce également l’autonomie fourragère pour son élevage.

Sur son exploitation de 135 hectares à Preutin-Higny, en Meurthe-et-Moselle, Vincent Grosse était à la recherche, depuis plusieurs années, de solutions pour réduire les problèmes d’adventices, d’accidents de cultures, tout en contribuant à la gestion de la matière organique. Des solutions qui devaient intégrer aussi la constitution de stocks fourragers de bonne valeur alimentaire pour le troupeau laitier, alors que la culture du maïs était confrontée depuis nombre d’années à des étés très secs, pénalisant les rendements.

Une nouvelle rotation

Dans ce secteur du Pays-Haut, un plateau situé à 360 m d’altitude, les sols sont pour une bonne moitié des limons avec un peu d’argile, et sur 40 ha des sols argileux. Il y a trois ans, Vincent a enclenché une nouvelle rotation : prairies temporaires à base de RGI et trèfle violet sur trois ans, suivies d’un blé, puis une succession méteil + maïs sur deux ans, un blé, retour d’une prairie. « Ce choix n’est appliqué que sur les sols limoneux, précise l’agriculteur de trente-quatre ans. Sur les sols argileux, je vais tenter la double culture à petite échelle. Les conditions sont plus délicates au mois de mai, la réserve hydrique n’est pas la même. Au final, c’est l’alimentation de mon troupeau laitier qui guide mon raisonnement. Le bénéfice supplémentaire étant que les parcelles sont “nickel”, surtout après trois ans de prairie. Avec deux années sur trois sans possibilité de monter à graine, le vulpin disparaît peu à peu. Il n’y a plus de limaces non plus. »

Les risques climatiques sont répartis sur deux cycles successifs de culture.

Et Olivier Dubois, le conseiller de sa coopérative EMC2, de confirmer : « Cet allongement des rotations, l’introduction des méteils, le décalage des dates de semis est une bonne stratégie. Beaucoup d’agriculteurs sont dans des impasses en matière de désherbage, surtout ceux qui sont restés sur les traditionnelles rotations, colza-blé-orge. Dans le cas de Vincent, le bilan fourrager s’en trouve aussi optimisé. »

Un accident de culture déterminant

C’est après avoir retourné des prairies naturelles, très dégradées et improductives, que Vincent introduit d’abord de la luzerne dans la rotation, un premier pas vers ces nouvelles pratiques. « Mais en luzerne, du fait de la météo, les premières coupes étaient trop tardives », indique-t-il. En 2016, il se tourne vers les mélanges suisses (1). Les rendements obtenus sont très bons, frôlant les 18 t de MS/ha, malgré le printemps 2016 particulièrement humide. La qualité alimentaire est très bonne aussi. En revanche, les semences certifiées sont très onéreuses, 6 à 7 € du kilo.

En 2019, un accident de culture l’incite à modifier ses pratiques : une de ses parcelles de blé est envahie par les vulpins. Vincent la récolte en vert et sème un maïs derrière, avec des résultats intéressants. Il décide alors de continuer dans cette option de la double culture : méteil suivi d’un maïs. L’implantation du premier se fait début octobre avec un train d’outils : à l’avant, un outil de travail du sol léger et à l’arrière, le semoir combiné de 3 mètres. Ensuite, un passage de rouleau. L’itinéraire technique est très simple, avec un seul épandage de 90 unités d’azote. La récolte des méteils se fait début mai, avec la remorque autochargeuse. Après le travail du sol, le maïs est semé mi-mai.

En 2020, Vincent a cependant connu de gros déboires avec ce système : alors que le maïs, semé au 19 mai, était bien levé au 26, les corbeaux sont venus se servir largement dans ses champs, les autres cultures étant à des stades plus avancés, donc moins appétissantes. « J’ai dû tout ressemer au 5 juin, et là aussi, des sangliers et des corvidés ont fait des dégâts. Avec une année très sèche, les rendements étaient catastrophiques, 4 à 5 t de MS/ha. Mais si on cumule avec le méteil, sur une même parcelle, le tonnage global à l’hectare était correct. C’est l’intérêt du système : les risques climatiques sont répartis sur deux cycles successifs de culture. »

Dominique Péronne

(1) Mélanges prairiaux à la flore sélectionnée pour leur intérêt dans les rations.

Le contexte

Vincent Grosse est installé depuis 2014, à Preutin-Higny (Meurthe-et-Moselle). Il est en EARL. Ses parents, retraités, lui donnent un coup de main.

SAU de 135 ha, dont

• 20 ha de prairies permanentes

• 35 ha de prairies temporaires (mélange suisse)

• 35 ha de blé tendre d’hiver

• 35 ha de maïs, précédé d’un méteil.

Référence laitière 800 000 litres.

Salle de traite robotisée.

Une nouvelle valorisation, la biomasse énergétique

Grâce à la méthanisation, une opportunité supplémentaire s’offre à l’exploitation de Vincent Grosse et à celles de son secteur. La coopérative EMC2 développe des unités sur son périmètre d’activité, avec un fonctionnement particulier : les agriculteurs adhérents apporteurs de matière première, effluents ou cultures énergétiques (dans la limite de 15 % de la « ration ») souscrivent un contrat les engageant pour des volumes bien définis. « Une partie de mes effluents va partir dans ce système, explique Vincent. De même qu’une partie des cultures en mélange. Le digestat est plus efficace pour la fertilisation que le lisier. Notamment pour l’azote. » Dans le secteur, le méthaniseur sera situé à Landres, à 4 km de l’exploitation. Il devrait être opérationnel en juin 2021.

Le récap
Les points positifs
  • Production de fourrages à bonne valeur alimentaire, principalement en protéines.

  • Nettoyage des parcelles.

  • Sols couverts l’hiver, limitant érosion et lessivage.

Les points négatifs
  • Trouver le bon compromis entre la date de récolte de la première culture et celle d’implantation de la seconde.

  • Gérer la fertilisation des mélanges graminées-légumineuses, surtout en azote.

Une conduite très simple

Parcelle de blé avec vesce d’hiver, semée à 40 kg/ha (photo du 29 mars 2020). La légumineuse limite le lessivage des sols en hiver. © D. PERONNE
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Cet article est paru dans La France Agricole

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