Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

Des brebis laitières à la place des allaitantes

réservé aux abonnés

 - -->
Jean-François Barthomeuf et Antony Redon (à d.) au milieu des brebis lacaunes, qui vont remplacer le troupeau allaitant de blanches du Massif central (en arrière-plan). © M. Roque-Marmeys

Les associés du Gaec du Plateau en Haute-Loire remplacent progressivement 1 000 brebis de race blanche du Massif central par 700 lacaunes.

«Notre troupeau de blanches du Massif central (BMC), conduit en croisement avec des rouges de l’Ouest, en trois agnelages en deux ans, nous donnait satisfaction. Nous avons vendu 8 904 agneaux label rouge “agneau laiton” en dix ans », expliquent Jean-François Barthomeuf et Antony Redon, les deux associés s’occupant du troupeau ovin du Gaec du Plateau à Saugues, en Haute-Loire.

L’exploitation de 155 hectares, située à 1 050 mètres d’altitude, au cœur de la Margeride, compte également un troupeau de 40 vaches limousines et un atelier d’engraissement de 200 veaux laitiers. Claude Malige et Frédéric Chades, les deux autres associés, sont plus spécifiquement chargés de ces deux productions. « Nous n’en sommes pas moins tous polyvalents, car l’association nous permet de prendre un week-end sur deux et une semaine de vacances par an, soulignent les quatre éleveurs. L’idée de se mettre à traire des brebis est venue avec une demande croissante en lait exprimée par la coopérative Sodiaal, qui collecte déjà cinq exploitations ovines dans le secteur. Notre objectif est de diminuer le troupeau mère de brebis, tout en améliorant notre revenu. C’est une remise en question, un beau défi technique et économique. »

La réflexion a démarré en 2017 par une étude conduite avec la chambre d’agriculture et le CER 43, et des visites d’exploitations dans l’Aveyron. Elle s’est concrétisée en février 2018 par l’achat d’un premier lot de 450 agnelles lacaunes, issues de troupeaux inscrits. Un second lot de 170 agnelles arrive en octobre de la même année. Le troupeau de BMC est progressivement vendu. Un dernier lot de 330 brebis sera commercialisé en 2020.

Les éleveurs ont investi 260 000 € – dont 80 000 € de subventions – dans une laiterie et une salle de traite aménagée, installées dans le prolongement de la bergerie. Ils optent pour un roto de traite de 56 places, équipé d’un distributeur automatique de concentrés (Dac). « Nous trayons aujourd’hui 530 brebis en une heure, l’installation est efficace », soulignent-ils. 

Les 600 lacaunes inséminées en avril 2019 ont été échographiées à J 45. Cinq cents femelles étaient pleines, les retours ont été faits en monte naturelle, avec un résultat de 83 agnelles pleines sur 100. « Les agnelages groupés en une semaine, fin août, nous ont démontré qu’il ne fallait pas être seul sur l’exploitation, sourient les éleveurs. Nous avons mis en place une centaine de cases d’agnelage, au lieu des seize habituellement consacrées aux brebis BMC. La présence de l’éleveur est obligatoire jour et nuit. »

Adapter l’assolement

Huit cents agneaux sont nés. Ils sont vendus au terme d’un mois d’allaitement par leur mère, excepté les 30 % d’agnelles gardées pour le renouvellement. La traite des brebis débute fin septembre-début octobre. « Nous trayons avec plaisir. Pour les trois premiers mois, les résultats au contrôle laitier ne sont pas mauvais, même si nous n’atteignons pas encore les taux de base, qui sont de 75 g/kg en matières grasses et 55 g/kg en matières protéiques », précise Jean-François. Afin de rationner correctement les brebis laitières, les éleveurs ont revu leur assolement : 15 ha précédemment consacrés à des céréales ont été implantés en prairies temporaires. « Notre objectif est de produire des fourrages de meilleure qualité et en plus grande quantité avec des coupes précoces », ajoute-t-il.

Les brebis laitières totalisent 250 jours d’hivernage, contre 180 pour les brebis BMC. Leur ration mélangée compte 3,5 kg d’ensilage d’herbe, 0,8 à 1 kg d’enrubannage, 550 g de foin de regain, 300 g de brins de luzerne, 300 g de tourteau de soja et colza, 200 g de céréales. Les trois premiers mois de lactation, elles reçoivent 300 g de tourteau tanné de colza et soja et 200 g de céréales en salle de traite. Elles disposent ensuite du Dac. Les lactations durent de huit à huit mois et demi, de septembre à mi-mai.

« En janvier, la production est de 1,7 litre par brebis et par jour. Nous sommes satisfaits des premiers résultats de reproduction et de lactation, même si nous avons encore beaucoup à apprendre de cette production techniquement exigeante », confient les éleveurs.

Monique Roque-Marmeys

Le récap
Les points positifs
Les points négatifs
Implanter des prairies productives

Les éleveurs ont fait des essais d’implantation de prairies multi-espèces dans le cadre du programme CapFlor, conduit par la chambre d’agriculture de la Haute-Loire et l’Inra de Toulouse. Une analyse de sol précède le choix du mélange implanté. Une association de dix espèces – brome, dactyle, fétuque, luzernes flamande et méditerranéenne, pâturin des prés, ray-grass hybride, trèfle blanc nain et géant, trèfle violet – a été semée en août 2018 sur une parcelle granitique au pH de 5,8. En trois coupes, la prairie a affiché un rendement satisfaisant de 8,5 tonnes de matière sèche par hectare, en année de sécheresse.

Le contexte

• Les associés du Gaec du Plateau, Claude Malige, Frédéric Chades, Jean-François Barthomeuf et Antony Redon, sont installés à Saugues, en Haute-Loire.

• 155 ha de SAU, dont 12 ha de céréales, 35 ha de prairies temporaires, 50 ha de prairies permanentes, 58 ha de parcours.

• 550 brebis et 250 agnelles lacaunes, 330 brebis blanches du Massif central, 40 vaches limousines, 200 veaux laitiers en intégration.

• Fin 2020, 700 brebis lacaunes auront remplacé les allaitantes. Le lait est collecté par Sodiaal.

Imprimer Envoyer par mail Commenter
Commenter cet article 0 commentaires
En direct

Cet article est paru dans La France Agricole

Transmission & Patrimoine : tous les conseils pour passer le relais !