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Combiner les techniques pour diminuer les intrants

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« Il n’y a jamais plus de trois cultures d’hiver de suite », précise Emmanuel Drique, qui a intégré celles de printemps, notamment cette orge, située sur son îlot en conversion bio. © C. Fricotté

L’emploi de produits phytosanitaires n’arrive qu’en second lieu chez Emmanuel Drique, qui mise d’abord sur une rotation diversifiée, sur un labour tous les trois à quatre ans, ou encore sur le désherbage mécanique.

«Installé assez jeune, je me suis toujours questionné sur le coût, l’efficacité, mais aussi sur l’impact des intrants », se remémore Emmanuel Drique, agriculteur à Bézu-Saint-Éloi, dans l’Eure. Ainsi, il tente depuis toujours de faire son possible pour réduire l’emploi des produits phytosanitaires et des engrais. « Si j’étais resté seul dans mon coin, peut-être continuerais-je encore à utiliser un régulateur sur blé et n’aurais-je pas reconsidéré l’intégralité de mon itinéraire technique ! », ajoute-t-il. Emmanuel a, en effet, commencé par diminuer l’emploi des intrants, sans changer de système, c’est-à-dire en restant en blé sur blé, avec des semis précoces et une rotation peu diversifiée. Mais, il s’est vite rendu compte que ne pas adopter un système « robuste » menait à l’échec. Au début des années 2000, l’exploitant a adhéré au groupe départemental d’agriculture intégrée, devenu Dephy par la suite.

Il n’y a désormais jamais plus de trois cultures d’hiver d’affilée dans sa rotation. Emmanuel a intégré de l’orge et des protéagineux de printemps, ainsi que des cultures d’été (maïs et, cette année, tournesol). À une exception près, les insecticides ne sont plus utilisés depuis 2012 et les fongicides sur céréales, comme sur colza, se limitent à un passage. Et s’il a été en système simplifié pendant plus de vingt ans, l’agriculteur a réintroduit le labour tous les trois à quatre ans, pour venir à bout des ray-grass, notamment.

Toutefois, vis-à-vis des mauvaises herbes, il tolère quelques ronds dans la parcelle. Deux principales adventices lui posent quelques problèmes : le ray-grass et les chardons. Ces derniers peuvent être gérés avec l’Allié, mais c’est plus délicat avec la graminée. « Je vis avec le ray-grass depuis longtemps, précise Emmanuel. Le salissement est acceptable à l’échelle du système, même s’il peut arriver qu’une parcelle “dérive”. »

L’agriculteur met en place des faux semis avant d’implanter ses 60 hectares de blé, jamais semés avant le 20 octobre, pour ne pas favoriser la levée de la mauvaise herbe. « Si je peux, je passe la herse étrille à l’aveugle avant la levée de la culture, semée à cet effet un peu plus profond, explique-t-il. Je ne fais qu’une postlevée, avec 0,45 l/ha de Fosbury et 1,8 l/ha de Défi à l’automne. Au printemps, si besoin, je réalise un traitement localisé sur chardons. » Cette année, son blé de colza est plus sale, mais Emmanuel estime que son système va lui permettre de diminuer la pression et il a prévu un passage d’écimeuse, en complément.

« Le désherbage de l’orge d’hiver, semée après le 15 octobre, est plus facile, car il s’agit d’une plante beaucoup plus couvrante », ajoute l’exploitant. Sur colza, il n’applique qu’un herbicide, Yellow, dans le courant de l’hiver. L’xploitant place un labour avant son orge de printemps, ce qui lui permet d’utiliser seulement un antidicots avec, si nécessaire, des passages de herse étrille en plus. Sur maïs, il emploie aussi cet outil et un antidicots, si besoin. Il vient également d’acheter une bineuse. L’agriculteur vise ainsi à développer davantage le désherbage mécanique en semant le maïs, le tournesol et le colza à 50 cm.

Autonomie financière

Comme on peut le constater, le raisonnement d’Emmanuel n’est pas basé sur l’emploi de la chimie, mais sur l’agronomie, avec pour objectif principal de garder son autonomie financière. Si l’impact environnemental est regardé de près au sein du groupe (voir l’infographie ci-dessus), une évaluation économique est également effectuée. « Cela permet de voir que mes résultats tiennent la route », ajoute l’agriculteur. En effet, si l’on compare ses données au reste du département (chiffres CER), ses charges opérationnelles sont plus faibles et sa marge brute, bien souvent, supérieure.

Céline Fricotté

Le bassin d’alimentation de captage, un nouveau challenge

« J’ai eu un nouveau coup de boost quand la démarche “bassin d’alimentation de captages” a démarré en 2017, confie Emmanuel Drique. C’était une occasion de réaffirmer l’importance de la problématique de la qualité de l’eau, liée à l’emploi des produits phyto et des engrais. Certes, nous ne sommes pas les seuls responsables, mais étant acteurs du terrain, nous avons notre part de responsabilité. J’ai signé une MAEC (1) en 2018, dans le but de baisser l’emploi des phytos en cinq ans de 50 %, hors herbicides (IFT de référence à 4,4), et de 70 % pour les désherbants seuls (référence à 2,1 %). Mon challenge est d’avoir des parcelles encore plus propres, en abaissant à nouveau mon IFT. »

(1) Mesure agroenvironnementale et climatique.

Le contexte

Emmanuel Drique travaille seul sur son exploitation de 158 ha, située à Bézu-Saint-Éloi, dans l’Eure.

Toutes ses parcelles, groupées autour de la ferme, sont situées dans un bassin d’alimentation de captage.

145 ha sont cultivés en conventionnel en blé, colza, orges d’hiver et de printemps, tournesol, luzerne déshydratée, maïs, pois et féverole, dont 5 ha de prairie (chevaux).

12 ha sont en conversion bio, notamment pour développer un verger de pommes et poires en basses tiges.

Le récap
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Cet article est paru dans La France Agricole

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