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Bâtir une symbiose entre brebis, pommiers et cultures

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Complémentarité entre ateliers - Bâtir une symbiose entre brebis, pommiers et cultures
« J’ai acheté des brebis shropshires, car elles ne mangent pas les écorces des arbres », indique Sébastien Vanlerberghe. © M.-F. Malterre

Les 400 shropshires de Sébastien Vanlerberghe ont une fonction de « désherbeuses » en plus de celle de produire de la viande.

« Les brebis ont remplacé les betteraves sur mon exploitation », a lancé Sébastien Vanlerberghe, le 11 février, lors du webinaire « Arbres et élevages », organisé par l’association Agrof’Ile. À Rosières, dans l’Oise, le jeune exploitant est aujourd’hui à la tête de 200 hectares, dont 100 hectares de vergers de pommes à cidre et 400 brebis shropshires. En réalité, c’est l’arrêt programmé des quotas betteraviers qui l’a convaincu de suspendre la culture en 2015. Dans le même temps, la découverte, dans l’eau de la nappe, de traces d’un produit phytosanitaire, dont il est le seul usager dans le secteur, l’incite a convertir son exploitation « à la bio ».

Bonnes croissances à l’herbe

« Les premières brebis (lire l’encadré) sont arrivées dans la foulée pour contrôler l’enherbement des vergers, explique-t-il. Je n’avais pas forcément envisagé de les mettre à la reproduction. »

Sébastien, qui n’était pas familier des techniques d’élevage, va pourtant se prendre au jeu. Il s’informe, prend conseil, échange sur les sites internet et met au point une nouvelle organisation. « Je suis parvenu à combiner les différentes productions de manière à ce que les travaux soient complémentaires, explique-t-il. Les mises bas se déroulent à partir de la fin février et sont concentrées sur un mois. Sébastien a monté un tunnel – de récupération –, dans lequel il a installé une quinzaine de cases d’isolement. Les mères avec leur(s) agneau(x) y sont conduites dès l’agnelage, qui se déroule à l’extérieur, sur la parcelle attenante du bâtiment, où un couvert composé de colza et de trèfle d’Alexandrie a été implanté à l’automne. Après un à deux jours dans le bâtiment, les brebis repartent avec leurs agneaux dans les vergers. « Je redoute la pluie pendant cette période, confie Sébastien. Les agneaux sèchent mal. La mortalité peut atteindre 25 %, alors que par beau temps, elle avoisine 12 %. »

« Les travaux des cultures et du troupeau sont complémentaires. »

Dès la fin des agnelages, la pousse de l’herbe augmente. « Les brebis consomment très près des arbres, sans les abîmer, poursuit-il (lire l’encadré). Elles évitent le passage d’un outil de broyage, qui serait beaucoup moins efficace. Les animaux mangent aussi les feuilles des pommiers, ce qui limite l’impact des maladies, et de la tavelure en particulier. » Six à huit semaines après la mise bas, les agneaux sont pesés pour le contrôle de croissance. Ils sont aussi vermifugés contre les parasites intestinaux.

« Le poids à trente jours atteint 17,5 kg en moyenne pour les mâles simples et 13,7 kg pour les doubles. Les femelles simples sont à 16,7 kg et les doubles à 13,2 kg, détaille Stéphane Pype, technicien du contrôle de croissance. Ce sont de très bonnes performances. Le troupeau bénéficie d’une ressource fourragère riche et abondante, avec un chargement de quatre brebis à l’hectare. La faible pression parasitaire, liée à une présence récente du troupeau, constitue également un atout important. »

En fin d’été, les brebis pâturent aussi la luzerne, qui entre dans la rotation des cultures pour limiter le développement des chardons. Les problèmes de météorisation sont rares. Une partie de l’enrubannage de cette luzerne est distribuée aux brebis quand la ressource manque sous les pommiers. Le reste est commercialisé.

Une race recherchée

Les agneaux sont vendus à partir de la fin mai. Les poids de carcasse oscillent entre 17 et 22 kg. Ils n’ont consommé que le lait de leur mère et de l’herbe. Une partie des mâles (80) sont vendus en direct et le reste part à la coopérative EMC2. « L’état d’engraissement se dégrade dès que les animaux dépassent 19 kg de carcasse, observe Sébastien. Pour autant, les consommateurs apprécient le goût de la viande. » Les femelles sont pratiquement toutes destinées à la reproduction. La demande est dynamique, car la race est recherchée. La plupart sont vendues 280 euros/tête.

Marie-France Malterre

Le récap
Les points positifs
  • Les brebis consomment l’herbe, « sous-produit » des vergers.

  • Elles évitent le broyage mécanique et limitent la pression de la tavelure sur les pommiers.

  • Bons résultats techniques des shropshires.

Les points négatifs
  • La conduite du troupeau demande beaucoup de connaissances, que Sébastien acquiert petit à petit.

Le contexte

• En 2011, Sébastien Vanlerberghe reprend l’exploitation familiale située à Rosières, dans l’Oise.

• Celle-ci comprend aujourd’hui 107 hectares de pommes à cidre, et 100 hectares de cultures (blé, blé-féverole, épeautre-lentillon, orge de printemps, maïs, petit épeautre…)

• Depuis 2015, Sébastien a développé un troupeau de brebis shropshires, et a procédé à la conversion de l’exploitation en bio.

Des shropshires faciles à conduire

Sébastien Vanlerberghe a choisi la race shropshire, car elle ne s’attaque pas aux pommiers. Il a acheté ses brebis en Angleterre, étant donné que la shropshire est encore peu présente en France. Son effectif est toutefois en forte croissance, et la race est reconnue dans l’Hexagone depuis juillet 2019. Un centre d’élevage devrait voir le jour dans les prochains mois. Sébastien est satisfait des résultats techniques du troupeau. « En dehors de la période d’agnelage, la conduite est peu exigeante en main-d’œuvre, explique l’éleveur. Une partie des vergers sont clôturés avec du grillage ursus pour limiter l’intrusion du gibier. Pour les parcelles qui n’en possèdent pas, des filets électriques sont posés à l’aide d’un quad. »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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