«À mon installation, nous pensions reprendre du foncier et acheter un robot d’alimentation », déclare Yohan Prat, qui a rejoint ses parents en 2018, à Marcolès, dans le Cantal. L’exploitation familiale compte alors 80 vaches laitières, une salle de traite rotative de 20 places, un bâtiment de 50 places agrandi de 30 emplacements supplémentaires en 2008. Mais un problème de santé qui immobilise Maxime Prat, le père de Yohan, durant trois mois en 2019 les confronte à la difficulté, voire l’impossibilité, de trouver de la main-d’œuvre. Cette prise de conscience les fait réfléchir immédiatement à une modernisation permettant d’économiser des bras et de l’astreinte en termes de travail.

« Une révolution dans notre vie professionnelle, familiale et sociale ! »

Les éleveurs décident de concrétiser le projet d’automatisation de l’alimentation et s’équipent de deux robots de traite et d’un robot-racleur. Rondement menés, les travaux sont achevés en 2020. Un bâtiment en bois de 49 places est construit, avec une large part d’autoconstruction, dans la continuité du bâtiment existant. Les deux robots sont placés au centre de la stabulation agrandie. L’investissement total, subventionné à 43 %, s’élève à 650 000 €, dont 430 000 € de robotique et 220 000 € de bâtiment.

 

« Notre quotidien est différent depuis l’installation des robots, soulignent les exploitants. Nous étions auparavant occupés, à trois, de 6 h 15 à 8 h 30, nous le sommes aujourd’hui à deux de 6 h 45 à 7 h 45. Et nous finissons le soir à 18 h. Chacun reste polyvalent. Une personne seule peut faire le travail le week-end. C’est une révolution dans notre vie professionnelle, familiale et sociale ! Nous n’en restons pas moins animaliers. Nos laitières ont gagné en calme. Tout comme nous car le roto exigeait un rythme de traite soutenu et stressant. » Le robot-racleur fait son office toutes les deux heures et économise deux fois quinze minutes par jour de raclage au tracteur. En outre, la propreté qu’il génère diminue les risques de boiteries.

Belles performances

Le robot d’alimentation offre, quant à lui, la possibilité d’adapter les rations aux différents lots (laitières, taries, génisses) et de multiplier les distributions. « Notre approche nutrition, avec le logiciel Chorus, repose sur une personnalisation de la ration jusqu’à la réalisation d’une formule à la carte de la complémentation minérale. Cette formulation est fonction des carences et des excès révélés par une analyse de la ration mélangée. De plus, l’augmentation de la fréquence de distribution favorise l’ingestion et un pH ruminal stable. Il en découle une meilleure efficacité alimentaire, se traduisant par une augmentation du lait produit et une diminution du concentré au litre de lait », précise David Puech, responsable technique nutrition animale du groupe Altitude.

Au Gaec du Sabatier, la ration de base hivernale est composée de 5 kg de MS de foin, 4,8 kg de MS d’ensilage de maïs, 6,5 kg de MS d’ensilage d’herbe, 500 g de correcteur azoté (mélange de tourteaux) et 1,2 kg de céréales pour les vaches en lactation. La distribution du concentré, lors de la traite, et des minéraux se fait effectivement à la carte. « Nous gagnons en précision avec un suivi individuel de nos vaches, expliquent les agriculteurs. Les robots nous renseignent au quotidien sur le temps de rumination, la température et la colorimétrie du lait, les déplacements des vaches… Ces valeurs sont directement corrélées à la santé des animaux et à la qualité du lait produit. Nous pouvons agir rapidement en cas de problème. »

Au-delà des considérations technico-économiques, « moderniser nos systèmes de production est compatible avec le bien-être animal revendiqué par la société et avec l’évolution nécessaire du mode de vie des nouvelles générations d’éleveurs », indiquent les producteurs.

Néanmoins, la famille Prat redoute le projet de révision en cours du cahier des charges de l’AOP Cantal, qui pourrait les exclure de cette production. « Nous touchons 20 000 à 25 000 € de primes AOP annuelles, dont nous avons tenu compte dans notre investissement. »

Monique Roque Marmeys