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Après l’arrêt du colza, trouver une nouvelle tête d’assolement

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Le colza, devenu trop compliqué à cultiver, ne sera plus semé chez Daniel Simonnet. La culture a représenté pourtant jusqu’à un tiers de la sole.

«Cette année sur l’exploitation, le colza n’a rendu que 6 q/ha, explique Daniel Simonnet, agriculteur à Noyers, dans l’Yonne. Les années précédentes, les rendements s’établissaient en moyenne à 22,8 q/ha entre 2014 et 2018. Bien loin des 45 q/ha de la première récolte en 1987, lorsque les agriculteurs des plateaux de Bourgogne ne connaissaient ni les grosses altises, ni les problèmes de désherbage. » Sur la ferme, la plante était cultivée dans le cadre d’une rotation plus longue comprenant de la luzerne, du blé, de l’orge et du ray-grass.

Ce n’est qu’en 1995, en arrêtant l’atelier laitier et en se spécialisant dans les grandes cultures, que l’agriculteur a adopté la rotation classique de la région : colza-blé-orge. Pour réduire les coûts et faciliter l’implantation de la culture, il est passé du labour aux techniques culturales simplifiées (TCS). « Avec les étés secs, il devient difficile de labourer, et cela remonte les cailloux qu’il faut broyer. » Face à la baisse constante des rendements, Daniel a travaillé avec sa coopérative sur des essais de semis de colza avec des plantes compagnes (lentilles, fenugrec…). Une pratique contraignante, selon lui. « À moins d’avoir un semoir équipé de double trémie, il faut semer en deux fois. Avoir des parcelles propres sans géranium est aussi indispensable. » Il a donc décidé de faire un trait sur l’oléagineux. Momentanément du moins. « Peut-être, un jour, des solutions issues de la recherche nous permettront d’en resemer », s’interroge l’exploitant. Les faibles pluies de cet été et du début d’automne le confortent dans ce choix. « Cette culture est devenue trop stressante. »

Pois, trèfle violet porte-graines et tournesol

Outre les semences fourragères, plus économes en frais d’implantation que le colza, l’agriculteur a décidé de miser sur le pois, moitié d’hiver, moitié de printemps, pour étaler le travail à la moisson et limiter les risques liés au gel et aux mauvaises fécondations au printemps. « Le pois d’hiver est plus coûteux que celui de printemps car il nécessite une protection fongicide supplémentaire et parfois un antigraminées. Afin d’éviter que la culture ne revienne trop rapidement dans la rotation, Daniel a choisi d’intercaler du trèfle violet porte-graines et du tournesol. Il espère que les débouchés du pois suivront dans le cadre du plan de développement des protéines en France. À quel prix toutefois ? Les pois 2018 lui ont été payés 166 €/t (livrés à la moisson à la coopérative). Pour la campagne 2019, il n’a reçu qu’un acompte de 140 €/t. La culture a l’avantage de bénéficier de la prime protéagineux (160 €/ha en 2019).

Parallèlement au pois, l’agriculteur explore toutes les pistes possibles. « Faute de ressource en eau, semer du soja n’est pas envisageable. Pour le chanvre, les rendements sont limités dans nos petites terres et il faut stocker la paille. Le lin d’hiver craint le gel et les prix ne sont pas très bons. Introduire de la luzerne exige de trouver un éleveur pour passer un contrat. Or ceux-ci sont devenus rares dans notre secteur. » En 2017, Daniel a testé le sarrasin en dérobé, une culture très économe, excepté le coût du semis. Il n’a récolté que 9 q/ha ! En 2018, il a pensé cultiver du millet mais les résultats de collègues qui en ont produit ne sont pas encourageants. L’avoine nue de printemps a été convenablement payée cette année (240 €/t). « Avec seulement 18 q/ha, la marge est meilleure que celle du colza. Mais les tarifs risquent de baisser l’an prochain. » Au printemps 2020, il envisage de semer 16 ha de tournesol, avec quelques réticences toutefois. « Outre les résultats médiocres observés cette année, je n’ai ni les équipements nécessaires au semis, ni à la récolte. » Par ailleurs, réintroduire de l’élevage est peu réalisable en raison des investissements et de la faible rentabilité.

Pour le céréalier comme pour la plupart des agriculteurs bourguignons, l’abandon du colza est donc une grosse perte. « La culture convenait aux sols superficiels de notre zone intermédiaire. Arrivée à maturité suffisamment tôt, la plante se défendait par rapport aux coups de sec et de chaud de la fin de printemps-début d’été. » La remplacer ne sera pas aisé. Compte tenu des conditions de semis difficiles dues à la sécheresse de début d’automne, la récolte des 7 ha de trèfle porte-graines en 2020 est ainsi fortement compromise.

Anne bréhier

Gérer les ravageurs du pois

Les risques majeurs sur pois d’hiver sont les bactérioses, l’aphanomyces sur le pois de printemps et les bruches pour l’ensemble des protéagineux. Contre les bactérioses, il ne faut pas surdensifier ni semer trop précocement. Un délai minimum de six ans avant un ressemis de pois sur une même parcelle doit être respecté afin de limiter l’apparition de l’aphanomyces.

La protection contre les bruches se complique car de moins en moins de produits sont homologués et un seul passage est autorisé.

Le récap
Les points positifs
Les points négatifs
L’agriculteur nettoie ses pois de printemps avec la herse étrille. Sur les pois d’hiver, l’outil est déconseillé : il augmenterait les risques d’apparition de la bactériose. © Photos : A. Brehier
Pour réduire le coût de ses intrants sur ses pois, Daniel utilise essentiellement des semences fermières. Il en achète régulièrement un ou deux big-bags (variété Balltrap ou Gangster).
le contexte

• À Noyers, dans l’Yonne,

Daniel Simonnet cultive seul 183 ha de SAU, des terres fertiles mais superficielles, dans un contexte climatique de plus en plus difficile (sécheresses récurrentes et risque de gel).

L’assolement 2019-2020 comprend 60 ha de blé, 29 ha d’orge d’hiver, 23 ha d’orge de printemps, 26 ha de pois de printemps, 13,5 ha de pois d’hiver, 7 ha de trèfle violet porte- graines, 16 ha de tournesol et 8,5 ha de jachère.

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Le colza cède du terrain

Le colza clôturait en baisse hier et s’ouvrait en baisse également sur Euronext le 25 mai 2022 au matin. Il « évolue globalement dans un range relativement étroit depuis quelques semaines », note toutefois Agritel.
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Cet article est paru dans La France Agricole

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