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Adapter son système bovin naisseur-engraisseur au changement climatique

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Baptiste Lamborot envisage de réaliser quelques vêlages à deux ans, en triant les meilleures femelles. « Mais dans quelles conditions de poids et d’alimentation ? », s’interroge-t-il. © A. Bréhier

Face aux sécheresses récurrentes et à une conjoncture sous tension, Baptiste et Vincent Lamborot tentent d’ajuster au mieux la conduite de leurs 230 charolaises.

Au Gaec de Maringes à Saint-Aubin-sur-Loire, en Saône-et-Loire, les prairies ont reverdi. Un soulagement après une deuxième sécheresse sévère. Entre le 1er janvier et le 19 septembre 2019, il n’était tombé que 240 mm de pluie. L’affouragement au pré réalisé depuis le 1er août a été réduit. Quelque 108 tonnes de fourrages supplémentaires ont été distribuées aux vaches et génisses.

Malgré tout, l’herbe manque dans ce système au chargement élevé (2,13 unités de gros bovin par hectare de surface fourragère principale). Comme l’an passé, les 50 hectares d’un mélange de colza fourrager et d’avoine de printemps, implanté entre deux céréales d’hiver pour faire pâturer les vaches d’août à octobre, n’ont pas levé. En année normale, ce fourrage peu coûteux permettait de laisser reposer les pâtures et contribuait à faire davantage de stocks au printemps suivant.

Pour avoir suffisamment d’ensilage d’herbe, base de la ration hivernale des vaches, Baptiste et Vincent ont ensilé 68 ha de ray-grass d’Italie (RGI) première coupe, au lieu des 50 ha habituels. Le rendement atteint 4,2 tonnes de matière sèche par hectare, au lieu de plus de 5 tonnes en année normale, avec toutefois une qualité au rendez-vous. Ils ont également récolté 81 hectares en foin, au lieu de 70 ha. Malgré ces précautions, et compte tenu des faibles rendements des 23 ha de maïs récoltés en septembre dernier (10 t/ha de matière brute de piètre qualité), il leur a fallu acheter 750 tonnes de maïs irrigué sur pied, à 40 €/t, soit 30 000 euros hors coûts de récolte et de transport, estimés à 10 €/t. Par ailleurs, les éleveurs ont acheté deux fois plus de paille qu’habituellement (450 t, pour 42 000 €), ainsi que du foin (3 500 €). « Ces achats supplémentaires représentent 20 % du chiffre d’affaires de l’exploitation », souligne Baptiste.

Dans ce contexte difficile, Baptiste et Vincent ont sevré et rentré précocement les veaux mâles et femelles, pour éviter qu’ils ne se fragilisent et perdent en état. Depuis le 5 août, les laitonnes et les broutards sont nourris avec une ration complète à base d’ensilage d’herbe et de maïs, distribuée un mois plus tard en année normale. Les génisses de 30 mois et les vaches qui vêlent à partir de novembre ont été hivernées fin octobre.

Les jeunes éleveurs n’ont pas choisi de vendre des animaux maigres. Les périodes d’engraissement de ceux destinés à la réforme – génisses et vaches – et des babys ont été avancées. « Tout cela va décaler d’un mois les périodes de vente, commentent-ils. Il est bien difficile de savoir quelle sera la conjoncture au moment de leur sortie, et donc l’incidence sur le prix de vente. »

Alors que les conséquences de la sécheresse devraient être moindres pour les veaux mâles, avec toutefois un coût alimentaire plus élevé, l’impact sur les femelles inquiète Baptiste et Vincent. « Les animaux de dix-huit mois, qui avaient déjà souffert en 2018, sont en mauvais état, confient-ils. Il faut s’attendre à un manque de croissance. Nous espérons que la mise à la reproduction en fin d’hiver fonctionnera. »

Conserver l’engraissement

Plus largement, les deux éleveurs s’interrogent sur la capacité du troupeau à garder son niveau de performance : un veau né, produit et vendu par vache et par an. S’ils ne souhaitent pas remettre en cause l’engraissement de la totalité des animaux pour lequel ils disposent des infrastructures – bâtiments, silos –, et de leur savoir-faire, ils réflechissent à la possibilité de diminuer le nombre de vêlages.

« Le chargement élevé pénalise notre autonomie dans le contexte climatique actuel, estiment-ils. Mais il pourrait être difficile d’absorber les charges fixes avec moins d’animaux. Par ailleurs, bien que le maïs soit une très bonne base pour l’engraissement, peut-être aurions-nous intérêt à nous orienter vers une ration sèche. Si le prix de la viande que nous produisons était en lien avec nos coûts de production, nous passerions plus facilement les sécheresses. »

Anne Bréhier

« Des implantations de prairies et de dérobées pénalisées »

« La pousse des dérobées destinées à assurer un pâturage d’automne est de plus en plus aléatoire. Avec un mois de septembre sec, il devient également difficile d’implanter des prairies temporaires. Le pâturage d’été est insuffisant et pénalise la croissance des génisses. Le système basé sur l’ensilage de ray-grass d’Italie avant maïs, essentiel pour faire du stock, ne permet pas d’ajouter des parcelles d’herbe à cette saison. Mais réduire le nombre de vaches est toujours difficile pour les éleveurs . »

Hervé Lecatre, conseiller à la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire

Le contexte

Baptiste et Vincent Lamborot sont installés depuis six ans à Saint-Aubin-sur-Loire, en Saône-et-Loire.

Troupeau de 230 charolaises. Les vêlages sont regroupés du 25 novembre au 25 mars. Tous les veaux, mâles et femelles, sont engraissés.

326 ha de SAU, dont  • 116 ha de prairies permanentes • 60 ha de prairies temporaires • 43 ha de RGI (dont 23 ha en dérobée)• 23 ha de maïs ensilage • 80 ha de blé • 4 ha de triticale.

Le récap
Les points positifs
Les points négatifs
« 2,5 ha de maïs trop sec et trop peu développé ont été consommés directement par les vaches. C’est une première sur l’exploitation », déplore Vincent Lamborot. © A. Bréhier
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Cet article est paru dans La France Agricole

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