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100 % des génisses laitières sont génotypées

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Index.Florent Tessier a fait génotyper toutes ses génisses et une partie de ses vaches pour parfaire les accouplements. © Photos : a. Richard

Dans le Perche, Florent Tessier améliore la production laitière de son troupeau grâce à la génétique. Aujourd’hui, 70 femelles sont génotypées.

Dans le bureau qui surplombe le bâtiment de traite, la photo de Fillette trône fièrement. Les coupes de la grande championne du concours national normand de 2015 sont partout. Elle est devenue l’égérie de l’EARL Tessier et représente ce que Florent Tessier, son éleveur, souhaite pour toutes ses vaches : de bonnes mamelles, une fertilité intéressante, et une production de lait importante sans détériorer le TB et le TP.

Installé en 2006 sur la ferme parentale, à La Bazoche-Gouet, dans le Perche, Florent se passionne pour la génétique. Grâce à cet outil, il souhaite continuer à maintenir un niveau de production satisfaisant (7 024 l de lait par vache par an), voire l’accroître, tout en diminuant les achats d’aliments. « La génétique devrait me permettre, à terme, de produire autant de lait pour un coût alimentaire moins élevé. J’essaye d’être le plus autonome possible sur la ferme. »

Depuis cinq ans, Florent pratique le génotypage, un outil beaucoup plus précis que l’index sur ascendance. Grâce à un simple prélèvement biologique, il connaît ainsi le potentiel génomique de ses femelles. Il a fait génotyper toutes les génisses et une partie des vaches. « C’est une aide supplémentaire, on s’approche davantage de la réalité avec la génomique, indique-t-il. Une vache peut être indexée à 800 kg en production de lait à partir de son ascendance, mais tous les gènes n’auront pas été transmis et elle comptabilisera seulement 300 kg sur l’index génomique. Dans ce cas, je choisis un taureau qui viendra compenser ce manque. Cela permet d’éviter d’attendre deux ans et demi pour connaître la production de lait. »

Exceptionnelles

Même si le génotypage est encore récent, les résultats commencent à se ressentir sur les notes du troupeau. Pour 2016, la note moyenne de pointage des mamelles s’élève à 6,4 et celle de la synthèse morphologique de l’élevage est de 81,6, contre 6,1 et 80,1 en moyenne en Eure-et-Loir. L’éleveur trie ses femelles en fonction de cette note de pointage de synthèse. Il en possède quatre au-dessus de 90 points, et 66 entre 80 et 90. Il considère qu’une vache est « bonne » au-dessus de 80 points, et « exceptionnelle » au-delà de 90. Les meilleures servent pour la collecte d’embryons, celles dans le tiers supérieur sont accouplées avec des semences sexées.

Copropriétaire de quatre génisses

Fillette, la championne, fait partie de la première catégorie. Ses embryons ont été prélevés puis implantés sur six génisses. Cinq femelles et cinq mâles en découlent. « La collecte a très bien fonctionné. Parmi les deux mâles, l’un a été sélectionné par le centre d’insémination. Il m’a été acheté 2 500 €. Mais cela ne fonctionne pas à tous les coups. On peut aussi investir 1 000 € dans la collecte, passer beaucoup de temps et ne rien obtenir… C’est très aléatoire. »

Pour améliorer la génétique du troupeau tout en modérant ses investissements, Florent a acheté quelques génisses en commun avec d’autres éleveurs. Il est aujourd’hui « copropriétaire » de quatre animaux. « Pour une femelle qui coûte 5 000 €, c’est très intéressant. On se partage les embryons. Cela permet de renouveler et diversifier le cheptel. »

Depuis l’an dernier, Florent prend aussi en compte d’autres critères de sélection : les pattes et les sabots. Après une série d’années à mammites, il a converti son aire paillée en logettes. Les vaches se sont bien habituées et le taux de réforme a été très faible. Mais le parage est devenu nécessaire tous les trimestres, au lieu d’une à deux fois par an. Et les aplombs sont devenus le 2e critère de sélection, après la qualité de la mamelle.

À la suite de ces changements, la production de lait n’a pas progressé comme le laissaient espérer les bons résultats génétiques. Pour que le potentiel s’exprime pleinement, mais aussi pour contenir un coût alimentaire élevé, Florent se penche sur la ration des animaux. Les vaches pâturent de mars à octobre, avec toujours une demi-ration hivernale disponible à l’auge, faute de surface accessible suffisante. À la ration de base (ensilages de maïs, maïs épi, ray grass-trèfle et dactyle) et sa complémentation (foin, paille de blé, corn gluten feed, orge, tourteau de soja et minéraux), Florent ajoute des betteraves fourragères pour augmenter les apports d’énergie. Une fois l’alimentation ajustée et le potentiel génétique affiné, il présentera, à coup sûr, d’autres vaches aux concours nationaux !

Aude Richard
LE contexte

Installé à La Bazoche-Gouet (Eure-et-Loir), Florent Tessier est en EARL avec sa mère. Il élève une centaine de vaches laitières normandes.

Lait : 700 000 l par an livrés à Lactalis.

Viande : 15 bœufs normands de boucherie (filière Carrefour).

Assolement de 150 ha : maïs ensilage 35 ha, maïs épi 5 ha, dérobée avant maïs (ray-grass et trèfle) 15 ha, prairies permanentes et temporaires 53 ha, luzerne 5 ha, blé 40 ha, orge 12 ha.

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« Un gain de précision de 20 à 30 % »

Matthieu Chambrial, responsable du schéma de sélection normand à Origen Plus

«L’index ascendance apporte 20 à 30 % de précision sur le potentiel de l’animal. Avec le génotypage, c’est deux fois plus. Il permet de piloter au plus juste son renouvellement ou ses accouplements. Il faut compter 50 € par femelle génotypée, l’idéal étant de le faire pour toutes les génisses. Cet investissement permet d’avoir un profil complet du potentiel de son troupeau, et d’adapter ensuite sa stratégie génétique. Depuis plus de quatre ans, le génotypage est plébiscité par les éleveurs. Nous doublons chaque année le nombre de prélèvements. »

Le récap
Les points positifs
  • Connaissance fine des vaches

  • Progrès génétique plus rapide

  • Motivation pour son métier et reconnaissance

Les points négatifs
  • Consanguinité à surveiller

  • L’environnement joue aussi sur les performances

Pointage. La note moyenne des mamelles s’élève à 6,4 et celle de la synthèse morphologique à 81,6, contre 6,1 et 80,1 en Eure-et-Loir.
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Cet article est paru dans La France Agricole

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