Le basculement s’est produit lors du scandale de la vache folle : depuis les années 1990 et cette crise sanitaire sans précédent, la profession se tient sous le joug des médias généralistes qui entendent obtenir des explications.

« Qu’en est-il des pollutions agricoles ? De la qualité alimentaire ? De la violence des actions syndicales ? Les agriculteurs ont été menés devant le tribunal de l’opinion publique, qui a retenu pour usual suspect la FNSEA, au motif de sa défense d’un modèle agricole jugé polluant et dangereux pour la santé », relèvent les enseignants-chercheurs Pierre Mayance et Ivan Chupin (en photo, de g. à dr., auteurs d’une étude sur « l’agriculture en représentation(s) » (1).

La faute à qui ? Probablement au syndicat majoritaire lui-même. La centrale a pris pour habitude de communiquer au nom de tous les agriculteurs, et même au-delà. « Quand la FNSEA parle, elle est parvenue à faire croire qu’elle le fait au nom de tous les acteurs de l’agriculture, parfois même des acteurs de l’amont et de l’aval. Comme dans le secteur de la santé, où l’on ne parle que du médecin, on finit par oublier tous les autres acteurs et ne pointer que l’agriculteur », expliquent les chercheurs. Revers de la médaille : l’agriculteur est systématiquement suspecté ou mis en lien, même quand il s’agit de vidéos dans les abattoirs. « Tous les traitements par les médias généralistes de l’agriculture reviennent à mettre les agriculteurs au centre. Les exploitants le perçoivent très mal, ils ont l’impression qu’on leur dit qu’ils font mal leur travail. Ça amplifie le malaise. »

Christiane Lambert l’a promis : elle veut sortir de « l’agriculture bashing » et transformer en valeur ajoutée pour l’agriculteur ces sujets difficiles, comme la protection de l’environnement, le bien-être animal, etc. « Le syndicat se sent obligé de communiquer, commentent les chercheurs, pour se justifier auprès de l’opinion et rappeler sa mission : nourrir la planète. Nous constatons que d’autres secteurs n’ont pas fait ce choix. Le secteur de l’armement, par exemple, ne s’embarrasse pas à communiquer. »

(1) « L’agriculture en représentation(s), luttes médiatiques, luttes syndicales », d’Ivan Chupin et Pierre Mayance, Revue Études rurales (février 2017).