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S’installer en maraîchage sur une ferme intercommunale

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La communauté de communes a acquis et défriché les terrains et construit l’exploitation sur laquelle travaillent Simon et ses deux associés. © B. Lafeuille

Quand trois jeunes motivés par le maraîchage bio rencontrent des élus soucieux de relocaliserla valeur ajoutée sur un territoire en déprise…

Ils ont été accueillis à bras ouverts par les élus et la population locale. « Des jeunes qui s’installent dans le coin : on ne voit pas ça tous les jours », sourit Simon Lamiot, installé depuis deux ans en maraîchage bio à Chabreloche, dans le Puy-de-Dôme, avec deux associés. Rien ne prédestinait ces trois amis, originaires de l’Hérault, du Jura, et d’Alsace, à s’implanter dans ce pays en déprise, au climat rude. Mais pour des jeunes « hors cadre » à la capacité d’investissement limitée, la ferme intercommunale du Chandalon offrait « un rapport qualité-prix imbattable ».

L’idée est née en 2014 de l’inquiétude des élus locaux face à la déprise agricole, et de leur volonté de développer les circuits courts. La collectivité a acquis et défriché le foncier, puis fait construire les bâtiments d’exploitation et de stockage en 2016. Elle loue aujourd’hui aux maraîchers un terrain de 3,35 ha, dont 2,5 ha labourables, équipés d’un forage pour l’irrigation, et un bâtiment neuf de 196 m². Le tout via un bail rural classique. « Nous avons les mêmes relations avec la communauté de communes qu’avec un propriétaire privé, insiste Simon. À une différence près : ce sont des élus, qui ont des projets pour la restauration collective. Mais il n’y a aucune clause dans le bail sur la commercialisation de nos produits. » La bio n’était pas imposée non plus, mais a pu aider à départager les candidats.

Des investissements ciblés

« S’il avait fallu investir nous-mêmes, cela nous aurait coûté quatre fois plus cher en annuités pendant vingt-cinq ans, calcule-t-il. Alors que là, nous avons concentré nos investissements sur les équipements. Au bout de deux ans, nous sommes aussi bien équipés que des maraîchers installés depuis quinze ans ! » Grâce à cette marge de manœuvre financière et à leur degré de mécanisation, les associés se sont agrandis l’an dernier de 1,3 ha (proposés par un propriétaire voisin) et prévoient d’augmenter la surface sous serre. De quoi gagner en compétitivité… Et peut-être débuter une vraie collaboration avec les cantines locales.

Les ventes à la restauration collective sont encore anecdotiques. « Si elles atteignent 2 ou 3 % de notre chiffre d’affaires l’an prochain, ce sera déjà bien, estime Simon. Il y a de la bonne volonté mais la logistique est lente à se mettre en place. Il est plus simple d’avoir un seul fournisseur et une production homogène sur l’année. » Sans même parler de prix.

Pour le moment, les maraîchers réalisent plus de la moitié de leur chiffre d’affaires en vente directe à la ferme, sur les marchés ou en Amap, et le reste en magasin bio. L’équilibre économique est atteint. Même si pour vendre du bio à une clientèle locale au faible pouvoir d’achat, des sacrifices sont nécessaires.

« On fait peu de marge sur la vente directe, car notre souhait est de vendre à un maximum de locaux. Beaucoup de clients sont des retraités qui faisaient leur potager, puis arrêtent parce qu’ils sont fatigués mais veulent des légumes qui ont du goût. Ils arrivent par le bouche-à-oreille et repartent contents : c’est gratifiant. » Autre motif de satisfaction : la croissance des ventes en Amap à Thiers, où le salaire moyen est pourtant faible. Une Amap intégrée grâce à une maraîchère locale. « En nous cédant cette clientèle qu’elle n’arrivait plus à fournir, elle nous a fait un cadeau à 25 000 €/an », note Simon, qui remercie les deux maraîchers bio historiques du secteur de les avoir « accueillis à bras ouverts », alors qu’ils arrivaient « en concurrents directs ».

La progression des ventes semble cependant montrer qu’il y avait bien une place à prendre. Et a prouvé à ceux, dans le voisinage, qui restaient sur la réserve, que ces trois jeunes ne sont « pas là pour rigoler ». Car Simon l’admet volontiers : « En maraîchage bio, on voit de tout… »

Bérengère Lafeuille

Visites scolaires

Les jeunes maraîchers reçoivent régulièrement des écoliers dans le cadre du dispositif « Mon voisin paysan », porté par le parc naturel du Livradois-Forez. Les classes viennent plusieurs fois dans l’année pour découvrir les productions au rythme des saisons. Ces visites ne facilitent pas l’organisation du travail : « C’est lors des pics d’activité qu’il y a le plus de choses à montrer », pointe Simon. Mais pas question pour lui d’arrêter ce travail éducatif : « Je suis moi-même tombé dans le maraîchage un peu comme ça… »

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Cet article est paru dans La France Agricole

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