La fraude polonaise sur la viande, qui a touché onze pays de l’Union européenne, sème de nouveau le trouble et ébranle la confiance des consommateurs dans la sécurité de la chaîne alimentaire, pour une filière déjà fragilisée. Ce nouvel épisode est d’abord une démonstration de l’efficacité du système d’alerte rapide pour les denrées alimentaires, tant à l’échelle européenne que nationale. En dehors du pays incriminé, il montre que la traçabilité permet, dans un temps record, de retrouver les lots une fois une fraude déclarée. C’est le message qu’a tenté de faire passer le Commissaire en charge de la santé, Vytenis Andriukaitis, face aux attaques des partis anti-européens, accusant l’Europe d’être à l’origine d’une insécurité alimentaire.

Depuis les crises de la vache folle ou de la dioxine, l’UE a mis en place un arsenal unique au monde pour prévenir et détecter les risques sanitaires. Un renforcement des règles est néanmoins mis sur la table, comme à chaque crise. L’idée de créer une force européenne d’enquête et de contrôle est évoquée. Mais la perspective d’une énième structure laisse perplexe. Un dispositif solide est en place, avec un mécanisme de coordination fort à l’échelle européenne. Faut-il aller au-delà ? Deux autres pistes pourraient être travaillées. La première est celle d’un étiquetage renforcé, y compris en matière d’origine, mais la viande fait partie des secteurs où un étiquetage national est déjà autorisé. La seconde est celle du développement de la blockchain, qui permettrait un mécanisme de responsabilisation renforcé des acteurs.

Au-delà de ces interrogations sur le travail des autorités sanitaires, l’analyse devrait, avant tout, se porter sur le cas particulier de la filière bovine polonaise : regardons cette crise avant de remettre en cause l’ensemble du dispositif ! Depuis celle du lait de 2015, la Pologne a fait de la viande une priorité stratégique. Un cheptel spécialisé se met en place, alors même que les Polonais consomment peu de viande bovine. Il s’agit donc d’un marché d’export vers les autres membres de l’UE, développé de façon offensive sans souci de satisfaire des consommateurs locaux. Cette marche forcée pour prendre des parts de marché, si elle n’en est peut-être pas la raison, pourrait bien en être le déclencheur. Dès lors, plutôt qu’un problème de contrôle sanitaire en tant que tel, la responsabilité serait partagée entre des producteurs et des acheteurs avides d’un nouvel approvisionnement, bon marché, quitte à fermer les yeux sur le sérieux des garanties de qualité.

par Luc Vernet