Et maintenant, investir. Après avoir fait adopter par le Congrès un gigantesque plan de relance de l’économie pour retrouver la croissance brisée par la pandémie, Joe Biden veut injecter encore plus d’argent pour améliorer les infrastructures et développer des alternatives aux énergies fossiles, afin d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Il devrait annoncer ultérieurement un programme d’aide aux familles, passant notamment par la multiplication des crèches, l’allongement des congés parentaux et la gratuité du collège. Énormes enjeux pour le monde rural, tout particulièrement les agriculteurs, inquiets du délabrement des routes et des canaux, qui veulent disposer de l’internet à haut débit et être partie prenante de la transition bas-carbone.

Joe Biden peaufine ainsi sa stature rooseveltienne de Président engagé pour une transformation en profondeur de l’Amérique, visant à relever le défi climatique, créer des emplois « verts » et réduire la fracture sociale. Il est douteux que les hausses d’impôt prévues sur les sociétés et les ménages aisés suffisent à financer ce vaste programme. La dette, qui atteint déjà 130 % du produit intérieur brut, devrait encore augmenter. Surprenante évolution de la part d’un homme politique qui n’a eu de cesse de se démarquer de l’image traditionnelle des Démocrates, dépensiers et taxateurs. Il est vrai que les Républicains n’ont pas de leçons à donner en la matière, eux qui ont voté les baisses d’impôt proposées par Donald Trump ayant creusé le déficit budgétaire à la veille de la crise sanitaire. Investir massivement, donc, mais dans un souci de justice sociale.

C’est ainsi que le plan de relance a fortement accru l’aide alimentaire aux plus pauvres et annulé les dettes des fermiers noirs, à hauteur de 4 milliards de dollars. Et que la nouvelle administration a retoqué la répartition des aides aux farmers contre la Covid-19, décidée juste avant le départ de Donald Trump, pour mieux cibler les petits producteurs et les agriculteurs bio. Globalement, l’opinion suit ; les sondages sont bons. L’objectif est clair : reconquérir le Sénat aux élections de novembre 2022. Les Démocrates seraient en position de force pour faire passer au Congrès, en 2023, un farm bill qui privilégierait sans doute la sécurité alimentaire et nutritionnelle des Américains et la réduction des émissions agricoles de gaz à effet de serre. On n’en est pas là, mais l’ambitieux agenda présidentiel se dévoile.

par Jean-Christophe Debar