Un avant-goût de Brexit. C’est ce que Londres a donné en publiant sa stratégie commerciale dans le secteur agricole en cas de no deal.

De façon générale, les tarifs douaniers seraient fixés à zéro pour maintenir un prix de l’alimentation bas pour les consommateurs britanniques. Toutefois, le Royaume-Uni compte faire valoir ses intérêts et déstabiliser sa relation avec l’Union européenne, dont il connaît parfaitement les lignes rouges, en ciblant avec précision les secteurs sensibles : les viandes bovine, ovine et de volaille, le beurre, les fromages, la banane et le sucre. Ces derniers seraient soumis à des quotas tarifaires, permettant à Londres de protéger, au moins temporairement, ses agriculteurs, mais aussi de poser les jalons des négociations futures ou déjà avancées, notamment avec les pays du Commonwealth.

Toute cohérente qu’elle soit, cette stratégie a semblé perturber le commissaire européen à l’Agriculture, qui a appelé les agriculteurs à « rester calme » lors d’un déplacement en Irlande. La pression est maintenant sur ses épaules, tant la crise annoncée, faute d’accord de dernière minute, se révèle réelle. Les premiers effets se font déjà sentir pour le secteur bovin.

Discrètement, les Britanniques se sont mis en situation d’éviter toute pénurie de viande, et de provoquer une crise sur le marché intérieur de l’UE. Face à des prix en berne, les producteurs irlandais adoptent, eux, la stratégie « notre problème est votre problème ». Ils prennent position pour dégager leur marchandise à bas prix ailleurs, notamment en France. Sachant que la moitié de la production irlandaise trouvait un débouché au Royaume-Uni, l’ampleur de la crise est potentiellement considérable. Elle nécessitera, une fois n’est pas coutume, une véritable gestion de crise de la part du commissaire irlandais, en charge de l’agriculture européenne. Quitte à freiner les importations de pays tiers en actionnant une clause de sauvegarde, qui serait pour le moins justifiée.

par Luc Vernet