Après moult rebondissements, la négociation sur la nouvelle relation entre les 27 pays de l’UE et le Royaume-Uni s’est conclue par un accord de la dernière heure, comme il est souvent de mise pour de tels dossiers. Sous la direction de Michel Barnier, cet accord rompt avec la fâcheuse tendance des négociateurs euro­péens de faire de l’agriculture de l’UE le banquier des cycles de négociations commerciales. Cet état de fait doit être salué. Le négociateur pour le Brexit, Européen convaincu, a non seulement su préserver l’unité de la zone mais aussi trouvé, pour le secteur agricole de l’UE-27, ce qui pourrait être décrit comme le meilleur des accords pos­sible.

Deux écueils devaient être évités. En premier lieu, la perturbation des flux commerciaux avec ce partenaire pour lequel la balance commerciale agricole et agroalimentaire est très en faveur de l’UE. En second lieu, que le Royaume- Uni ne devienne pas une plaque tournante permettant de réimporter des produits du monde entier à conditions avantageuses dans l’UE, après une prise rapide de nationalité britannique. Michel Barnier a réussi à négocier la synthèse de ces deux points. Les flux commerciaux sont préservés, sans quota ni droit de douane. Parallèlement, les règles sanitaires et phytosanitaires européennes sont de rigueur pour toute entrée sur le territoire de l’Union, un accord d’équivalence sur l’agriculture biologique est acté et surtout les règles d’origine – pour éviter tout risque de commerce triangulaire – se basent sur la règle d’obtention intégrale. Pour bénéficier de l’accès sans droit, les exportations britanniques devront avoir été produites sans contenu significatif provenant de pays tiers. Viande, lait, céréales, amidon et vins sont ainsi bien protégés. Pour le sucre contenu dans des produits transformés, la protection est effective tant que Londres maintient elle-même des protections élevées avec le reste du monde.

Il n’en reste pas moins que le marché britannique sera plus onéreux d’accès pour les exportations européennes du fait de la réintroduction de procédures douanières. Il sera aussi un lieu de plus rude compétition au fur et à mesure que les autorités passeront des accords commerciaux avec le reste du monde. L’UE doit donc utiliser ses outils, dont la Pac en premier, pour renforcer la compétitivité de ses filières, et sans perdre de temps.

par Yves Madre