Après le momentum de la fin mars, qui a réussi à caler une position commune entre le Parlement européen et le Conseil des ministres de l’Agriculture sur les modalités de gestion de la Pac (contrôles, sanctions et transparence de l’utilisation des fonds), le livre de la nouvelle Pac reste encore largement à écrire. Car le fossé demeure vaste entre les positions du Parlement et celles du Conseil, tant sur la future architecture verte que sur les questions de plafonnement des aides, d’aides aux premiers hectares, de couplage, d’aides aux zones défavorisées, des moyens aux mesures économiques…

La présidence portugaise du Conseil voudrait clore les négociations d’ici à la fin mai. Pour cela, elle doit sortir de l’ornière et retrouver des marges de manœuvre pour négocier avec le Parlement. Faute d’avoir su s’en créer au sein du Conseil des ministres, elle se borne depuis des mois à faire au mieux du surplace, et au pire à refuser de discuter des points avancés par les eurodéputés. Aujourd’hui, la crispation de ces derniers est tangible.

Or, le Conseil des ministres réuni le 26 avril n’apporte pas d’éléments rassurants. Les États membres restent divisés sur plusieurs sujets, la présidence n’arrive pas à faire émerger une ligne directrice et nombre de ministres se réfugient dans un rêve d’une Pac où chacun déciderait ce qu’il veut faire chez lui. Alors, la présidence portugaise seule cou­pable ? Le Portugal pourrait-il imposer ses vues ? De tout temps, la dynamique de négociation du Conseil a été portée par les quelques grands pays agricoles. Or, force est de constater que les locomotives habituelles sont peu actives, voire étrangement silencieuses. Parallèlement, le commissaire à l’Agriculture est particulièrement peu audible. Afin de forcer le destin, il resterait bien une carte à la présidence portugaise pour obliger les États à sortir du bois et accepter de négocier : convoquer un groupe à haut niveau de négociateurs de chaque État membre ayant pouvoir intégral de négociation de leurs ministres, et travailler en cercle restreint à pas cadencé durant les trois prochaines semaines.

par Yves Madre