Auckland, la principale ville de Nouvelle-Zélande, compte 1,65 million d’habitants, auxquels devraient s’ajouter 700 000 nouveaux arrivants dans les trente ans à venir. La métropole dépend d’aliments produits hors de ses murs, quand ce n’est pas outre-mer, et l’accroissement démographique qu’elle connaît engendre un empiétement chronique sur les terres maraîchères environnantes. Il s’agit d’un phénomène national : la surface agricole du pays a reculé de 30 % entre 2002 et 2016.

Une ambition trop timide

De plus en plus de chercheurs, professionnels et riverains prônent une agriculture intra-muros. Mais ils dénoncent la trop timide ambition du conseil de la ville, avec à peine quelques hectares cultivés – en grande partie grâce au travail de bénévoles –, quand Paris en compte déjà une trentaine et Montréal plus de deux mille.

« Des villes dans le monde font un travail considérable. Beaucoup bénéficient de politiques de développement très avancées pour soutenir l’agriculture urbaine », reconnaît Lauren Simpson, responsable du développement durable au sein du conseil municipal d’Auckland. Cette représentante ne montre pas pour autant une réelle volonté politique. « Tant que les modèles durables d’agriculture urbaine demeurent peu développés et incapables d’être reproduits et étendus à travers la ville, les projets continueront à bénéficier d’un financement public limité », affirme-t-elle.

Créer une méthode durable et efficace afin de l’étendre, c’est précisément l’ambition de l’association Organic Market Garden. En un peu plus d’un an, grâce à la volonté de Sarah Smuts-Kennedy, instigatrice du projet, et au savoir-faire de Levi Brinsdon-Hall, manager du jardin, une friche industrielle de 700 m2 mise à disposition par la ville s’est muée en un jardin maraîcher. Les bénévoles se forment gratuitement sur place, parfois dans l’idée de développer leur propre exploitation, comme Estelle MacDonald, qui vient quatre fois par semaine. Titulaire d’une certification en permaculture, elle ambitionne d’ouvrir un jardin communautaire au sud d’Auckland. L’agriculteur Zane Crofts s’est carrément expatrié de Christchurch – sur l’île du sud –, pour effectuer un stage de deux semaines.

Investir dans la recherche

De son côté, Adrian Roch est responsable des Kelmarna Gardens, jardins communautaires pionniers de la ville. Il se réjouit du fait que la ville octroie, depuis 1981, une parcelle de 1,7 hectare à ce potager et verger biologiques, mais il souhaiterait un investissement plus important dans le domaine de la recherche. Car, pour l’instant, il n’a aucune idée de l’économie de carbone réalisée grâce à son exploitation, située au cœur de la métropole.

Augustine Passilly