En juillet prochain, le marché du lait infantile va être bouleversé. En 2013, le législateur a européen a adopté une réforme du régime des denrées alimentaires destinées aux nourrissons et aux enfants en bas âge. Il s’agit des produits de la gamme des laits infantiles et des laits de croissance. Un lait de croissance est réalisé à partir de lait de vache, auquel on enlève des protéines et auquel on rajoute ce qui est censé être bénéfique à la santé des enfants : l’iode, la vitamine D, le fer, etc. Le lait infantile bénéficie d’une « supériorité nutritionnelle », en quelque sorte. Un atout bien compris des fabricants, puisque le marché du lait infantile pèse 500 millions d’euros en Europe.

La France - avec la Suisse - compte quelques grands leaders mondiaux sur ce créneau. La France est pourtant le mauvais élève de l’Europe pour l’allaitement maternel. C’est le pays, avec l’Irlande, où les femmes allaitent le moins et le moins longtemps. Elles sont à peine la moitié à allaiter en maternité, contre plus de 95 % dans les pays du nord de l’Europe et ne sont plus que 5 % à allaiter à quatre mois, contre 27 % au Royaume-Uni, par exemple. Mais à toute chose malheur est bon, car la France a développé des produits de substitution, qui s’exportent bien. Deux tiers de la production française est exportée. De belles performances qui servent une image de qualité.

Patatras, en 2013, la Commission a décidé de légiférer. La réforme a été adoptée avant le programme du président Juncker sur « mieux légiférer », mais elle est inspirée du même objectif de simplification du cadre législatif et réglementaire de l’Union. Le nouveau règlement supprime le régime des produits dits diététiques, pour le remplacer par un régime des « denrées alimentaires destinées à certains groupes vulnérables ». Un jargon destiné à banaliser les produits (dont la qualification de diététique était quelquefois usurpée), à augmenter la concurrence, mais qui a des conséquences pratiques sur les règles de préparation, d’information et de publicité. Les entreprises avaient trois ans pour s’y préparer. La réforme entre en vigueur en juillet. La France est très attentive à ce dossier. Elle souhaite garder une mention spécifique pour le lait infantile, mais d’autres « refusent d’accroître sans raison le prestige de ces produits ». D’autant que les industriels glissent parfois aussi un peu de sucre, créant ainsi une addiction tout à fait dommageable. L’étiquetage va être un enjeu décisif pour la filière.

« Il faut développer des marchés de niche », entend-on souvent. Certes. Mais il y a aussi des marchés de niche qui se ferment. Dans le cas présent, il y a des fenêtres qui mettent des persiennes. Le plus curieux dans cette affaire, est que la Commission européenne reconnaît qu’elle ne sait absolument pas comment le marché - les opérateurs comme les consommateurs - va réagir au nouveau cadre qu’elle a fixé.

Par Nicolas-Jean Brehon