Pour ceux qui disent que tout est trop long à Bruxelles, cette fois, cela n’a pas traîné. Le référendum britannique a eu lieu le 23 juin et, le 11 juillet, le Parlement européen (PE) sortait un rapport sur les liens entre la Pac et les relations extérieures de l’UE dans lequel un chapitre sur le sujet a été ajouté. Certes, ce n’est pas tout à fait le PE, l’institution politique, c’est juste son service d’études mais quand même.

Le Royaume-Uni a toujours été un trublion pour la Pac. Et ce, dès le départ. Au moment de son adhésion, en 1973, le pays était très dépendant des importations agricoles du Commonwealth et voulait sécuriser son marché. Le Royaume-Uni a ainsi négocié un régime dérogatoire pour conserver sans droits ses importations de moutons et de produits laitiers de Nouvelle-Zélande, ainsi que le sucre de canne de ses anciennes colonies. Très vite, le pays, très peu intéressé par les mécanismes de la Pac de l’époque, a inspiré une directive de 1975 sur l’agriculture de montagne dans laquelle est évoqué le cas des régions défavorisées. L’influence britannique aura été également déterminante dans deux réformes majeures, le passage d’un système d’intervention sur les marchés à un système de soutien aux revenus par les paiements directs, en 1992, et le verdissement, en 2013. C’est aussi le pays qui a constamment milité pour l’érosion du budget de la Pac.

Tout ça, c’était hier. Et demain ? Le PE évoque trois directions (je mets entre parenthèses mon petit commentaire personnel).

D’abord, l’effet budgétaire. On en a déjà parlé. Le pays est un contributeur net et il y aura une petite baisse du budget global qui affectera nécessairement le budget de la Pac. L’Union européenne perd surtout un des pays les plus intransigeants dans la négociation du cadre financier pluriannuel (cela arrangeait bien l’Allemagne, soit dit en passant).

Ensuite, les flux commerciaux et les prix. Le pays est importateur de produits agricoles européens. Le commerce continuera bien sûr - « le Brexit n’est pas l’embargo russe ! », ironise le PE - mais ce sera moins clair car il faudra négocier les nouvelles conditions de ces échanges. Le principal impacté sera l’Irlande, qui exporte vers son voisin beaucoup de produits laitiers et de viande. Le Royaume-Uni a des atouts en main car le pays, totalement libéré de toute discipline collective dans les négociations commerciales internationales, peut parfaitement négocier de son côté dans le cadre du Mercosur et accorder le libre accès aux importations de viandes brésilienne et argentine (avec un possible effet de tache d’huile qui ne ferait pas l’affaire des éleveurs français).

Enfin, l’influence générale sur le cadre même de la Pac. Le pays a toujours porté la voix de la réforme. Le Brexit pourrait conforter le camp de ceux qui militent pour un renforcement des soutiens aux revenus et des moyens d’intervention sur les marchés. « Ce sera sujet à débat », dit prudemment le PE.

Par Nicolas-Jean Brehon