Les consommateurs américains continuent de plébisciter les produits alimentaires issus de l’agriculture biologique. En 2019, la croissance des ventes d’aliments bio a atteint 4,6 %, un taux plus du double de celui du marché alimentaire global. Avec un chiffre d’affaires de 50 milliards de dollars, la part de marché de la nourriture bio frôlait les 6 %. Ce chiffre sera sans doute dépassé en 2020. La pandémie de Covid-19 a des effets contrastés sur le secteur. L’offre est touchée de manière sporadique, en raison notamment des difficultés logistiques rencontrées par les acteurs de la filière, mais la vente directe, pratiquée par un cinquième des producteurs bio, est très dynamique. La demande est affectée par la baisse des revenus due à la crise économique, mais les préoccupations sanitaires font se tourner une partie des ménages vers ces aliments. Enfin, la fermeture des restaurants a entraîné une hausse des achats pour la consommation à domicile, donnant un coup de pouce supplémentaire aux produits bio. Sur la période avril-juin 2020, les achats de fruits et légumes, qui représentent environ le tiers du panier bio, ont bondi de 17 % par rapport à 2019.

Le boom du marché séduit un nombre croissant d’agriculteurs. Si les producteurs ont des coûts de production unitaires plus élevés, à cause notamment de rendements moindres (environ -30 % pour les grandes cultures) et de charges plus lourdes en matière de main-d’œuvre, ils dégagent de plus gros revenus par hectare, grâce à des prix nettement supérieurs à ceux payés pour les produits conventionnels. Il n’est donc pas étonnant que le nombre d’exploitations certifiées bio ait progressé de 17 % entre 2016 et 2019, même s’il reste très faible (16 500). Plus de 80 % des ventes réalisées par ces exploitations proviennent de fermes dont le chiffre d’affaires est supérieur ou égal à 500 000 dollars, ce qui fait craindre à certains une dérive « industrielle » du secteur, tandis que d’autres y voient une condition nécessaire pour rendre les produits bio plus abordables.

En définitive, alors que l’agriculture américaine survit grâce à l’injection d’aides publiques massives, la filière bio est confiante dans son avenir. Outre la vigueur de la demande, elle compte bien tirer parti de la promesse du nouveau président, Joe Biden, d’inciter les agriculteurs à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre pour lutter contre le changement climatique.

par Jean-Christophe Debar