Afin de décliner les orientations qu’elle propose dans le cadre de sa stratégie « De la ferme à la fourchette », la Commission européenne a présenté son plan pour atteindre 25 % des terres agricoles en agriculture biologique d’ici à 2030. L’exercice s’annonçait périlleux. La dynamique propre du secteur biologique pointe une évolution spontanée vers un équivalent de 15 % des terres à 2030. Pour atteindre les 10 points de plus, la Commission suggère de dynamiser la demande des consommateurs européens et d’inciter les agriculteurs à passer plus massivement au bio. Et elle renvoie aux États membres le soin de définir les mesures adéquates dans le cadre de leurs plans stratégiques nationaux de la Pac.

Venu présenter cette feuille de route qu’il qualifie d’acte majeur de son mandat, le commissaire à l’Agriculture a reçu un accueil assez « réfrigérant » de la commission « agriculture » du Parlement européen. Hormis le parti des Verts, les ténors des grandes formations politiques se sont partagés entre scepticisme et craintes pour le secteur biologique et ses agriculteurs. Côté demande des consommateurs, les eurodéputés craignent que le plan de la commission n’ait été construit en dehors de la réalité. L’agriculture biologique est un segment qui doit absolument maintenir sa prime de marché pour survivre et se développer. La capacité des consommateurs euro­péens à opérer massivement des montées en gamme (et en prix) dans leurs achats alimentaires est vu comme un pari risqué, et encore plus dans le contexte économique post-Covid tendu. L’analyse des ressorts des actes d’achats alimentaires des Européens est jugée faible. Pour le Parlement européen, stimuler artificiellement la demande pourra induire des baisses de prix des produits bio et un appel d’air qui bénéficierait aux importations.

Deux autres interrogations émergent de cet échange entre les députés et le commissaire à l’Agriculture. D’abord l’absence de moyens financiers nouveaux pour ce plan. Les États membres devraient essentiellement composer avec leurs fonds de la Pac, pourtant en diminution.

Enfin se pose la question de la légitimité de mettre des moyens concentrés sur le développement de l’agriculture biolo­gique pour atteindre une durabilité accrue, alors que d’autres modes d’agriculture peuvent aussi concourir à cet exercice. Et que le bio a également son chemin de progrès à réaliser dans l’utilisation des intrants employés.

par Yves Madre