Après trois ans de discussions et dix-sept trilogues, la Commission croit encore à la possibilité d’un accord sur la révision du règlement bio européen. Lors du conseil de l’UE du 12 juin, les États membres ont décidé de lui donner une nouvelle chance lors d’un trilogue qui se tiendra d’ici la fin du mois. Afin d’avancer, Phil Hogan a proposé de laisser de côté deux points très controversés : l’instauration de seuils de résidus de phytos au-delà desquels les produits bio seraient déclassés, et l’autorisation de cultures bio en bacs.

Les professionnels français, des producteurs aux distributeurs, demandaient d’une seule voix le rejet pur et simple du texte. Ils ne sont qu’à demi rassurés.

Statu quo

Les États membres gardent le droit d’instaurer des seuils nationaux de déclassement l’Italie et la Belgique l’ont déjà fait, d’autres y sont favorables. « Quand la Commission reviendra avec une proposition sur ce sujet, il n’y aura peut-être plus grand monde pour s’y opposer », s’inquiète la Fnab. Or la contrepartie qu’elle réclame, à savoir une indemnisation des producteurs en cas de contamination, n’est pas à l’ordre du jour. Quant à la culture en bacs, le statu quo ne met pas fin aux dérogations dont bénéficient actuellement la Suède, la Finlande et le Danemark. Une aberration pour la Fnab, pour qui le lien à un sol vivant est la clé de voûte de l’agriculture bio.

Enfin, si la Commission recule sur deux points, une troisième ligne rouge reste franchie, selon les professionnels français. La fréquence des contrôles pourrait être abaissée à une fois tous les dix-huit mois, voire tous les deux ans. « La France pourra garder un contrôle physique annuel comme aujourd’hui, et c’est ce qu’on fera, indique la Fnab. Mais outre la distorsion de concurrence, cela peut semer le doute chez le consommateur. » Un pari risqué, sa confiance étant largement à l’origine du formidable essor de la bio.

B. Lafeuille