Des arbres abattus par les intempéries d’octobre dernier ont été vendus mi-décembre comme arbres de Noël au profit des agriculteurs des zones dévastées, à l’initiative des syndicats agricoles et forestiers : Coldiretti, Federforeste et PEFCB. Preuve de la solidarité des Italiens, qui essayent, malgré tout, de tirer profit de leurs malheurs. Le changement climatique est le nouveau défi que doit relever l’agriculture, première victime de cette mutation. Ainsi, l’année 2018 a été la plus chaude depuis 1800, avec 1,77 °C de plus que la moyenne historique. La tendance s’impose, puisque les années récentes sont les plus caniculaires enregistrées.

Phénomènes climatiques

Toutefois, le principal problème n’est pas l’augmentation des températures mais plutôt la récurrence des phénomènes climatiques extrêmes. Sécheresse, trombes d’air (478 en 2018), grêle, incendies, inondations… Les dégâts pour 2018 sont estimés à 1,5 Md€. Au total, sur la dernière décennie, les pertes de productions agricoles et les dommages aux structures et infrastructures agricoles se monteraient à 14 Mds€, d’après le Joint Research Center.

L’Italie est l’un des dix pays les plus touchés au monde, d’après l’UNISDR (1). Ce phénomène est qualifié de tropicalisation et de « taches de léopard », en raison des dommages très localisés qu’il cause. Si certains demandent des financements supplémentaires pour les fonds d’indemnisation ainsi qu’un assouplissement des règles d’éligibilité, des mesures structurelles visant à limiter ces impacts sur les moyens de production ont déjà émergé. Implanter des haies pour freiner le vent, créer des zones d’ombre, installer des climatiseurs dans les étables et des filets antigrêles… Des infrastructures coûteuses et insuffisantes.

Politiques publiques

La préoccupation est telle, que le principal syndicat agricole, Coldiretti, a remis au ministère des Politiques agricoles un décalogue de mesures préventives. Selon lui, il n’incombe pas qu’aux agriculteurs de s’adapter à ce changement, les politiques publiques non agricoles sont aussi des leviers. À ce titre, le syndicat demande aux collectivités publiques de réaliser des curages et aménagements de cours d’eau, de réduire l’artificialisation des sols, de lutter contre les constructions abusives dans les zones à risques, d’augmenter les espaces verts urbains afin de réduire l’imperméabilisation des sols, de concentrer les habitats, de reboiser les zones abandonnées au lieu de les laisser s’ensauvager.

Enfin, comme ailleurs en Europe, les agriculteurs italiens réclament un plan d’irrigation pour le centre et le sud du pays permettant la construction ou l’utilisation de 10 000 retenues collinaires. « Ces retenues sont autant d’outils de prévention contre la sécheresse que des moyens de gestion des eaux en cas de fortes précipitations. Il existe déjà de nombreux lacs et des retenues non entretenues qui pourraient servir à cet effet », déclare Francesco Vincenzi, président de l’Anbi (2).

Gaïa Campguilhem

(1) Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe.

(2) Association nationale des consortiums de gestionde l’irrigation.