Une circulaire du 31 janvier 2021 rend obligatoire l’indication, sur les salaisons, du pays de naissance, d’élevage et d’abattage des porcs. Jambon, mortadelle et autres charcuteries sont concernées. Un quart des salaisons vendues en Italie, soit 56 millions d’épaules, ne proviendrait pas de la péninsule, mais plutôt d’Allemagne et des Pays-Bas, selon le principal syndicat agricole, Coldiretti.

Informer et protéger

La transparence des étiquettes est devenue depuis des années un outil d’information du consommateur, mais aussi de protection des productions agricoles nationales. L’Union européenne l’autorise, à titre expérimental, lorsqu’il y a un risque de confusion. L’Italie l’utilise afin de protéger ses produits phares. Depuis 2017 et jusqu’au 31 décembre 2021 pour le lait, et depuis 2018 pour le blé, le riz, les sauces tomate. Au début, les Italiens étaient les seuls à revendiquer cet outil, mais la fin des quotas laitiers et différents scandales agroalimentaires ont fait comprendre que la transparence pouvait être un instrument réconciliant les deux extrêmes de la chaîne : agriculteurs et consommateurs d’un même pays.

Dans le pays, depuis que l’origine du blé doit figurer sur les emballages de pâtes, les surfaces semées ne diminuent plus (1,23 million d’hectares) et les importations de blé dur sont passées d’environ 35 à 25 %. « L’effet est surtout positif sur les prix qui, entre 2018 et 2020, ont augmenté d’une cinquantaine d’euros par tonne », précise Francesco de Filippis, président de la coopérative Global Fresh Fruit. Pour satisfaire le consommateur italien, qui veut du « 100 % Italie », l’industrie agroalimentaire cherche cette matière première « dont la qualité a notoirement progressé ces dernières années », ajoute-t-il.

Apporter de la valeur ajoutée

L’automne dernier, l’autorité de la concurrence a rappelé à l’ordre le fabricant De Cecco, gros opérateur de pâtes, et le distributeur Lidl Italie pour avoir induit en erreur le consommateur sur l’origine de pâtes. De Cecco riposte dans un spot publicitaire en expliquant qu’elle utilise des blés américains pour leur taux protéique, gage d’une bonne tenue à la cuisson.

La Federalimentare (1) et l’Italmopa (2) contestent la finalité de cette information, considérant qu’en dehors des appellations d’origine, la provenance n’est pas un gage de qualité, elle ne relève que de la politique commerciale de la marque. Et d’ajouter que ce qui fait le made in Italy ce n’est pas le produit agricole, mais la recette, la technologie et la qualité (et non l’origine) des matières premières.

La ministre de l’Agriculture, Teresa Bellanova, a tranché. « Ces orientations politiques sont destinées à améliorer la valeur ajoutée et l’intérêt de l’industrie pour la production nationale. » Dès lors, si l’origine n’est pas gage de qualité, de sécurité et d’identité, elle n’en demeure pas moins un outil de soutien aux agriculteurs.

Nadia Savin

(1) Fédération italienne de l’industrie agroalimentaire.

(2) Association des meuniers italiens.