À bien chercher, il y a quelques producteurs siciliens enthousiasmés par le réchauffement climatique. Comme Andrea Passanisi et Letizia Marcenò, qui ont arrêté la culture traditionnelle des agrumes pour l’avocat et la banane. « De tout temps, l’agriculteur s’est adapté au climat. Il n’y a pas de raison que nous n’arrivions pas à nous accommoder de ces nouvelles conditions », estime Andrea Passanisi.

Les anomalies climatiques

Dans le reste de l’Italie, le moral n’est pas aussi bon. Le principal syndicat agricole, la Coldiretti, évalue les dommages causés à l’agriculture par le changement climatique à 14 milliards euros ces dix dernières années. Des éleveurs laitiers, qui installent des douchettes dans leurs étables, mais dont la production baisse de 10 à 20 % à chaque épisode de chaleur, aux vins qui ont pris un degré, en passant par l’apparition de nouveaux parasites, les problèmes sont nombreux. « Ce n’est pas tant le réchauffement qui pose problème, mais les anomalies climatiques : les épisodes de grêle hors saison, les tempêtes qui couchent les céréales comme les fruitiers et la baisse des précipitations, tout comme les pluies violentes qui ravinent les sols », explique Rolando Manfredini, responsable à la Coldiretti.

Les céréaliers ont déjà largement changé leurs pratiques. Ils ont planté des haies brise-vent autour des parcelles à céréales, pour également augmenter la réserve utile. Ils ont anticipé les semis, privilégié les variétés précoces et la profondeur racinaire. Massimiliano Guerrini cultive désormais un maïs ensilage très précoce, récolté en juillet, afin d’économiser deux irrigations et un traitement anti-pyrale. Il enchaîne sur une seconde culture, comme le soja.

Le facteur eau

L’assolement aussi a évolué vers des cultures moins gourmandes en eau, le sorgho (+ 25 % en dix ans), le tournesol et la luzerne, qui est cultivée sur 900 000 ha, soit un tiers de la SAU des élevages. Mais, en l’absence d’eau, toutes ces adaptations sont insuffisantes. La micro et ferti-irrigation se sont largement développées en grandes cultures, afin de mieux contrôler le stress hydrique et de réduire les quantités d’eau et d’énergie consommées. Ainsi, Mirco Zecchini a installé un système de goutte à goutte sur ses parcelles de maïs, un rang sur deux. En distribuant 22 mm d’eau chaque semaine, il est passé de 110 à 120 q/ha et a économisé 50 % de gasoil.

Les agriculteurs ont fait ce qu’ils ont pu sur leurs exploitations mais, maintenant, ils demandent aux régions, à l’État et à la société des réserves d’eau, la modernisation des systèmes d’adduction et le retraitement des eaux usées civiles pour les cultures non alimentaires. Après onze ans de procédure, 36 M€ viennent d’être débloqués pour des travaux d’adduction et de distribution au profit de 1 670 ha en Sardaigne, région particulièrement aride. En Lombardie, les agriculteurs identifient des anciennes mines qu’ils pourraient convertir en réserve d’eau.

Nadia Savin