La crise de la Covid comporte son lot de bonnes et de mauvaises nouvelles. La bonne, c’est que les exportations de fromages italiens râpés et frais étaient à la hausse au premier semestre en Europe. Le fromage à pâte pressée Grana Padano, l’une des princi­pales AOP fromagères italiennes, a vu ses ventes progresser de 7,9 % de janvier à septembre 2020, comparé à la même période en 2019. Surprenant, alors que la restauration hors foyer est au ralenti. Nicolla Bertinelli, président du consortium Grana Padano, l’explique par le fait que les consommateurs, finalement plus avisés qu’on ne le pensait quand ils font leurs courses, sont capables de distinguer les vraies AOP et les vrais fromages italiens des faux. La restauration ne serait donc peut-être pas aussi claire sur l’origine des produits qu’elle propose…

Baisse progressive du prix

Toutefois, les éleveurs ne se sentent pas rassurés, car la multinationale Lactalis a réussi à négocier à la baisse son prix d’achat du lait et à diviser les syndicats agricoles. Comme elle est toujours la première à établir les prix et qu’elle reste le principal acheteur de lait non AOP, les autres laiteries suivent sa grille, qui sert d’étalon. Lactalis a ainsi passé un accord avec le principal syndicat, Coldiretti, qui prévoit une baisse évolutive du prix de base, à savoir : 365 €/1 000 l en septembre-octobre, 355 € en novembre, 350 € en décembre, puis à nouveau 355 € à partir de janvier 2021. Ce prix de base reste, comme en 2020, indexé sur les cours européens et les cotations du Grana Padano à la chambre de commerce de Milan. Toutefois, une exigence est apparue dans cet accord : « À condition de livrer les mêmes volumes mensuels » que l’an dernier. Sinon, l’éleveur risque une pénalité de 6 €/l.

Un retour des quotas ?

« Un retour aux quotas privés », s’insurge Paolo Maccazzola, éleveur de 180 vaches à Settimo Milanese et représentant du syndicat CIA, non signataire. Ainsi, la multi­nationale ne s’oblige pas à acheter plus de lait italien, au contraire, elle s’octroie la possibilité de compléter ses besoins par du lait importé. « Et comme par hasard, au printemps et à l’été, quand l’industrie a besoin de plus de volumes pour produire de la mozzarella, il n’y a pas d’augmentation de prix », explique Paolo Maccazzola. Ce dernier et son confrère Romeo Andreini, de la Coldiretti, sont au moins d’accord sur un point : cette grille est une atteinte à la liberté d’entreprendre.

Romeo Andreini élève 80 frisonnes à Fontanelle, dans la province de Bergame. Depuis cinq ans, il livre environ 500 t de lait par an à Lactalis. En 2020, il n’en produira donc pas plus qu’en 2019, pour s’assurer un prix de 0,355 €/l. « À ce prix-là, explique-t-il, je ne peux pas investir, juste me maintenir. » Mais il dit aussi comprendre « le réflexe des industriels en ces temps d’incertitudes », et c’est la raison pour laquelle il considère cet accord comme rassurant, car il lui garantit la collecte. Durant le confinement, son syndicat et les laiteries avaient appelé les éleveurs à réduire leurs volumes d’environ 10 %, en modifiant les rations et en tarissant prématurément. Lui n’avait diminué son litrage que de 2 %.

Nadia Savin