Avec plus de 90 % de sa production de viande bovine exportée très majoritairement vers l’Union européenne, l’Irlande a vu son activité commerciale plonger avec la crise du coronavirus. Outre une logistique compliquée, la fermeture des hôtels, des restaurants, des fast-foods et des cantines dans la majorité des pays européens a fait fortement chuter la demande.

Baisse des prix

Dans ce contexte, les cours des gros bovins ont reculé, et notamment ceux des vaches de réforme qui constituent l’essentiel des envois, avec des baisses de prix de 10 à 20 centimes par kilo de carcasse, selon Bord Bia, agence chargée­ de la promotion des ventes des produits alimentaires irlandais. La demande au détail en Irlande est, quant à elle, surtout dirigée vers la viande de génisse.

Le moral de beaucoup d’éleveurs était déjà plombé par le Brexit et l’incertitude qui règne. Tant que les négociations entre l’UE et le Royaume-Uni ne seront pas terminées, les agriculteurs auront du mal à anticiper l’avenir. En ce qui concerne le bœuf, particulièrement exposé, cela va altérer les échanges commerciaux. Selon Bord Bia, neuf animaux sur dix partent à l’export, dont 52 % au Royaume-Uni, 46 % dans les autres pays de l’Union européenne, et seulement 2 % vers les marchés internationaux. En plus, une partie des animaux du sud du pays se font abattre en Irlande du Nord.

Sur les 46 % d’exportations au sein de l’UE, la moitié transite par le Royaume-Uni.

Historiquement, l’Irlande a toujours été un gros fournisseur de viande bovine pour le Royaume-Uni. Leur proximité géographique était jusqu’à présent un atout pour l’Irlande. Les futures règles qui régiront leur relation, en termes de droits de douane, de normes sanitaires et de stratégies monétaires, seront décisives et sont très attendues par le monde agricole.

La filière tente d’anticiper

Depuis deux ans, la filière bœuf tente de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier et a commencé à réagir avec des accords commerciaux avec le Japon, l’Égypte, et plus récemment la Chine. Le risque pour les Irlandais d’une nouvelle concurrence sur le marché britannique est grand. Selon les observateurs, la compétition viendra très probablement du continent américain. Le bœuf irlandais remplacé par du bœuf américain, argentin ou brésilien issu des feedlots dans les assiettes anglaises ? C’est le scénario catastrophe que ne veulent pas imaginer les éleveurs irlandais. Si tel était le cas, la concurrence serait rude. Comment lutter contre des pays qui n’ont pas les mêmes réglementations, ni les mêmes exigences de qualité, en particulier sur la nutrition sans OGM des bêtes et sur l’usage des hormones de croissance, dont les coûts de production sont, pour certains pays, bien plus bas qu’en Irlande ?

Christophe Dequidt

L’Irlande exporte 90 % de sa viande bovine, en très grande majorité vers l’Union européenne. © C Dequidt