La Hongrie est souvent présentée comme le mouton noir de l’Union européenne. Même si les récriminations de ses voisins ne l’empêchent pas de dormir – et de décider un peu différemment des autres, notamment sur la question des migrants – un pays n’aime pas être mis au ban des nations.

En avril, à défaut d’être politiquement correcte, la Hongrie a pris l’initiative de jouer la carte de l’exemplarité sanitaire. Elle a organisé un séminaire sur les acides gras trans. Les AGT sont les mauvaises graisses que l’on trouve à l’état naturel dans le lait et la viande mais aussi et surtout dans les plats cuisinés, pizzas, quiches et autres barres chocolatées bien connues. Il faut dire que les AGT présentent beaucoup d’avantages en termes de goût, de textures, ils facilitent les cuissons, notamment les fritures. Mais évidemment, les AGT favorisent aussi les prises de poids, surtout dans les couches défavorisées de la population, plus enclines à utiliser ce type de préparations, et les maladies cardiovasculaires. 40 % des décès en Europe sont liés à ces maladies.

Une prise de conscience qui prend du temps mais qui avance. Voilà dix ans que certains États fixent des mesures maximales d’AGT dans les produits. Le Danemark l’a fait dès 2003, la Hongrie en 2014. Plusieurs États s’engagent dans cette voie. Les États-Unis, champions de l’obésité juvénile, y réfléchissent sérieusement. Même s’ils avancent mollement. Ils ont commencé par retirer le caractère « GRAS » aux AGT. Ah oui, « GRAS » en américain, cela ne vaut pas dire gros, mais « generally recognized as safe » (jugé sans danger par un panel d’experts).

Les grands groupes mondiaux, Nestlé, Kellogg’s, Mars, sentant le vent tourner, ont d’abord pris les devants en diminuant d’eux-mêmes les doses. Dans un courrier daté d’octobre 2015, ils ont été plus loin en demandant à la Commission de proposer un cadre législatif. Ils souhaitent fixer un seuil maximal d’AGT à 2 grammes par 100 grammes de gras, seuil qu’ils appliquent eux-mêmes spontanément.

Il y a plusieurs leçons à prendre dans cette histoire. La première est que le modèle alimentaire français – hélas fragilisé – montre une fois de plus ses mérites. La France compte parmi les pays de l’Union aux plus faibles taux de maladies cardiovasculaires. Les Européens dépensent 100 euros par habitant pour la Pac mais 200 euros rien que pour soigner les maladies cardiovasculaires. Cherchez l’erreur. La deuxième est que si l’on se plaint souvent de la réglementation européenne, il y a aussi des cas où une réglementation unique est préférable à 28 législations nationales. La troisième est que les groupes industriels, au lieu de s’opposer à un mouvement qui semble irrépressible, ont préféré prendre l’initiative en proposant eux-mêmes une réglementation plutôt que prendre le risque de s’en voir imposer une qui ne leur conviendrait pas. Cela s’appelle anticiper le marché.

Sans allusion aucune aux questions agricoles, bien entendu.