La plante s’est rapidement introduite dans le secteur agricole grec au cours des dix dernières années : la production annuelle d’huile de lavande, utilisée principalement pour la fabrication de cosmétiques et de parfums, atteint 30 tonnes. Vassilis Varsamis, propriétaire de Vessel Essential Oils, l’un des plus grands distillateurs grecs, prédit une bonne récolte cette année : « Nous estimons que la production s’élèvera à environ 60 tonnes, soit le double de la production moyenne. Le prix, lui, devrait avoisiner 35 euros le litre. »

60 euros le litre

Pour Katerina Grigoriadou, chercheuse au Centre de recherche nationale grec pour l’agriculture (Elgo Dimitra), « les plantes aromatiques ont de grandes perspectives en Grèce, et la lavande en est un exemple ». La plante était jusqu’à présent importée, essentiellement du pays voisin, la Bulgarie. Désormais, de plus en plus d’agriculteurs grecs sautent le pas. La lavande apparaît comme une culture attrayante. « La productivité moyenne est de 60 l/ha, à un prix d’environ 60 €/l. Les agriculteurs peuvent en tirer un bénéfice net de quelque 3 000 €/ha », explique Vassilis Varsamis. Au cours des dix dernières années, la superficie consacrée à la plante est passée de 100 à 1 100 ha.

Pourtant, malgré les perspectives favorables, Vassilis Varsamis reste sceptique. « Nous nous sommes lancés dans la distillation il y a trois ans, mais nous avons du mal à trouver suffisamment d’huile locale », explique-t-il. La raison principale du manque d’approvisionnement est le commerce intensif sur le marché noir. « Près de 50 % de l’huile de lavande produite en Grèce a été vendue sans facture à la Bulgarie et réexportée sous forme d’huile bulgare », poursuit l’entrepreneur. Les échanges sur le marché noir concerneraient aussi d’autres produits agricoles, les olives et les pêches notamment. Ils se sont intensifiés en raison d’une très forte augmentation de l’impôt depuis 2016.

Approvisionnement fiable

« Les agriculteurs ont été obligés de se serrer la ceinture. Ils ont dû dépenser leur épargne et se sont retrouvés dans l’économie du marché noir », analyse-t-il. Cette situation affaiblit les perspectives de croissance des distillateurs grecs. « Sans un approvisionnement fiable, nous ne pouvons courir le risque de nous ouvrir à d’autres options, telles que la vente au détail ou la production de produits finis à base d’huile essentielle de lavande. » Afin de s’implanter sur le marché international, ils commencent à envisager de nouveaux modèles commerciaux, impliquant la création de leur propre production de lavande. « Notre objectif est de produire environ 3,5 tonnes d’huile à partir de nos propres plantations cette année, afin d’assurer un approvisionnement régulier à nos clients, confie Vassilis Varsamis. Nous avons un avantage considérable par rapport à nos voisins bulgares : une culture d’entreprise et la réputation qui en découle. Cela ajoute une fiabilité supplémentaire à nos offres. »

De notre correspondante Sofia Spirou