Après des mois de discussions sans réels engagements, les chefs d’État et de gouvernement ont finalement décidé de rentrer dans le vif des discussions sur le prochain budget de l’Union européenne pour la période 2021-2027, cet automne. L’exercice restera délicat tant que le solde de tout compte avec le Royaume-Uni sera incertain. Néanmoins, d’ici à la fin de l’année, les négociateurs vont mettre des chiffres dans leur boîte de négociation, et non pas seulement des concepts.

La période à haut risque va donc commencer pour la Politique agricole commune, grande perdante de la proposition initiale de la Commission européenne. Alors que le manque à gagner pour le budget global de l’UE, associé au départ des Britanniques, est évalué à 45 milliards d’euros, le projet de Bruxelles prévoit une coupe dans le budget Pac de 44 milliards. En d’autres termes, la Commission fait porter à la Pac la quasi-totalité de l’ardoise du Brexit, ce qui représente pratiquement un manque d’une année de paiements directs pour maintenir leur niveau de 2020.

À ce stade, le club des « amis de la Pac » compte une demi-douzaine d’États membres qui refusent, explicitement et vigoureusement, la proposition de coupe budgétaire pour l’Agriculture : la France, la Pologne, l’Espagne, l’Irlande, la Lettonie et la République tchèque.

Mais au-delà du montant de l’enveloppe globale Pac, une discussion tendue s’amorce sur la répartition du budget agricole entre États membres, avec deux camps s’opposant frontalement. D’un côté, l’Europe centrale – pays baltes, Pologne et Bulgarie en tête – qui réclame une augmentation des paiements directs au profit de leurs agriculteurs. De l’autre, l’Italie, les Pays-Bas ou encore la Belgique demandent, au contraire, que les montants restent supérieurs pour leurs agriculteurs compte tenu du différentiel de niveau de vie.

Autre sujet de divergence entre les États membres, la part du budget global européen à attribuer aux défis climat et environnement, qui aura un impact direct et indirect sur la Pac. Un groupe de pays autour de la France défend l’idée que 40 % du futur budget communautaire devrait contribuer, pour l’Europe, à atteindre l’objectif de neutralité climat d’ici 2050.

par Luc Vernet