En 2017 et 2018, le prix du lait a retrouvé des couleurs après la crise de 2016. Pourtant, les exploitants ne couvrent toujours pas leurs coûts de production, déplore le groupement européen EMB qui fédère 20 syndicats d’éleveurs. Le fossé va de 5 % au Danemark à 24 % pour la France sur 2017, selon les chiffres de l’organisation. Pour éviter de nouvelles crises et garantir un revenu décent aux éleveurs, elle propose à l’UE d’adopter un instrument de prévention.

Trois niveaux d’intervention

Le dispositif repose sur un indice de marché et sur la cellule d’observation européenne du marché laitier. En cas de chute de l’index, des mesures seraient mises en place de manière automatique, sans passer par la case tractations politiques. L’instrument proposé comprend trois niveaux d’intervention. Si l’indice dévisse de 7,5 % sous le niveau garantissant la couverture des coûts de production et un revenu décent, la cellule d’observation émet un avertissement. Le stockage privé est encouragé et des incitations à la consommation sont mises en place (veau sous la mère, engraissement des génisses). La crise laitière est officiellement déclarée à partir d’une chute de 15 % de l’indice. Des primes sont proposées via des appels d’offres afin de réduire la production, par rapport à une période de référence (l’année avant la crise). Elles sont financées par des amendes sur les fermes augmentant leur débit. À - 25 %, les réductions de production deviennent obligatoires pour une période donnée. Les mesures sont appliquées jusqu’au retour à la normale.

Stefan Mann, président du syndicat d’éleveurs allemand BDM, balaye les risques d’importations massives pour compenser la réduction de la production européenne. « Lors des dernières crises, le plus gros exportateur était l’Europe. Le marché mondial ne nous dicte pas ses règles. C’est l’inverse. » Son collègue français Boris Gondouin, membre de l’Apli (1), abonde : « On a montré avec le lait équitable qu’il était possible de payer normalement les producteurs. Les industriels, les supermarchés et les consommateurs ne s’en sont pas portés plus mal. »

Luc André

(1) Association des producteurs de lait indépendants.