« Nos superagriculteurs vont recevoir un autre versement de cash, grâce aux taxes payées par la Chine ! […] Les plus petites fermes et producteurs seront les grands bénéficiaires ! » Par un tweet, Donald Trump confirmait mi-novembre le paiement, à partir de la fin d’année 2019, d’une autre partie de l’aide déjà promise aux « farmers » en mai dernier. Si l’annonce a été mise en avant, c’est que le Président candidat a besoin de se montrer volontariste dans une période difficile pour le secteur agricole américain.

Producteurs de porcs et soja

Dès le printemps 2018, les taxes imposées sur le porc américain ont privé les éleveurs d’un débouché très dynamique, alors que la peste porcine africaine décimait les élevages chinois. Les barrières tarifaires imposées ensuite au soja ont été encore plus brutales. Premier client pour la graine américaine avant le conflit, le géant asiatique n’en a acheté que 14,3 millions de tonnes (Mt) sur la campagne 2018-2019. Le niveau le plus faible depuis onze ans. S’ajoute à cela la forte baisse des prix en local. La situation s’améliore, mais les exportateurs de soja ne retrouvent plus le rythme de vente d’avant la crise.

Les aides versées par l’administration Trump pourraient atteindre 25 milliards de dollars début 2020, un chiffre qu’il conviendra d’ajuster dans la mesure où un accord vient d’être signé entre les États-Unis et la Chine. Dans un pays où l’intervention de l’État dans l’économie est un sujet délicat, Trump répète à l’envi que ces montants proviennent des droits de douane imposés à la Chine, sans parvenir à faire illusion. Un autre reproche est apparu contre ces aides. Elles sont destinées aux agriculteurs mais aussi aux grandes industries agroalimentaires. Ce qui renforce la suspicion sur les réelles intentions du président vis-à-vis des producteurs.

Coups durs pour les maïsiculteurs

Également touchés par la guerre commerciale, les producteurs de maïs ont en plus été déçus par sa dernière décision d’exempter les petites raffineries des minimas d’incorporation d’éthanol. « Ils doivent affronter les incertitudes du commerce et maintenant leur propre gouvernement taille dans les standards de biocarburants, censés protéger un marché important pour eux. Ce n’est pas compliqué de comprendre pourquoi la frustration progresse dans les campagnes », analysait le secrétaire à l’Agriculture de l’Iowa, Mike Naig, devant la commission de l’agence de la protection de l’environnement.

Si les sujets de mécontentement sont nombreux, l’électorat agricole resterait malgré tout largement derrière le Président. Un sondage mené par le Farm Journal, fin septembre, lui donnait 75 % d’opinion favorable chez les agriculteurs, soit la même part qui a voté pour lui en 2016. Pour la chercheuse Katherine Cramer de l’Université du Wisconsin, via le Los Angeles Times, un risque existe pour le Président . « Le plus gros impact sera le manque d’enthousiasme, les farmers vont rester chez eux sans aller voter. Ce qui fera une immense différence.  »

Benoît Devault