Si le candidat du Parti démocrate l’emportait aux prochaines élections présidentielles, en novembre 2020, les États-Unis pourraient amorcer un revirement complet de leur politique climatique.

Plusieurs signes l’attestent, comme la place que tient ce sujet dans les débats entre les postulants démocrates (que les primaires du parti départageront dans un an) ou la proposition par certains d’entre eux d’un plan d’investissements publics très ambitieux, baptisé Green New Deal. Il viserait à réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre grâce au développement des énergies renouvelables. À l’évidence, les Démocrates ont choisi de faire de la lutte contre le changement climatique un cheval de bataille, à rebours du climato-scepticisme affiché par le président Trump.

Rémunérer les agriculteurs qui stockent du carbone dans le sol.

Il est vrai que les inondations catastrophiques dans le Midwest, au printemps dernier (lire FA n° 3806, p. 28), et la canicule qui sévit actuellement sur les deux tiers du pays contribuent à diffuser l’idée qu’un dérèglement climatique de grande ampleur est à l’œuvre, même si les avis divergent quant à la responsabilité de l’activité humaine dans cette situation. À vrai dire, une grande partie des Américains en sont déjà convaincus et en ont tiré les conséquences politiques. Trois États (Californie, Hawaï, New York) se sont engagés à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2045/2050. D’autres États (Nouveau-Mexique, Porto Rico, Washington) ont fixé un objectif de consommation d’électricité « 100 % renouvelable ». Les municipalités des grandes villes ne sont pas en reste, préoccupées notamment par les risques de montée des eaux et de destruction des infrastructures.

Quelles seraient les implications, pour les agriculteurs, d’un changement de cap éventuel de la politique climatique ? Dans son programme de « revitalisation de l’Amérique rurale », le candidat favori du Parti démocrate, Joe Biden, propose de payer les farmers pour stocker du carbone dans le sol. Pas question, cependant, de parler de ce qui fâche : les rejets de gaz à effet de serre d’origine agricole ont augmenté de 15 % depuis 1990. Sur ce point, au moins, Démocrates et Républicains se rejoignent : nul n’évoque la possibilité de contraindre les agriculteurs à diminuer leurs émissions de méthane et de protoxyde d’azote, qui représentent 9 % des quantités totales de gaz à effet de serre émises par les États-Unis. Quand il s’adresse aux farmers, Oncle Sam manie plus la carotte que le bâton.

par Jean-Christophe Debar