Depuis la fin du mois de mai, les files d’attente s’allongent devant les centres de vaccination de Catalogne et d’Aragon. Avec, cette fois, parmi les publics dits « essentiels », les saisonniers agricoles. Venus d’Amérique du Sud, de Roumanie, du Sénégal, du Maghreb, ces hommes et ces femmes – nombreux à enchaîner les récoltes au gré des saisons dans le pays – font l’objet d’une attention toute particulière. L’Espagne s’est en effet donnée pour objectif d’en vacciner 2 500 par semaine, voire plus.

Unidose pour les itinérants

Autour du 8 juin, dans le secteur fruitier, l’Aragon avait d’ores et déjà engagé la vaccination de plus de 7 000 saisonniers agricoles et 5 600 travailleurs dans quatre grands abattoirs de la région. De son côté, la province de Lérida, en Catalogne, avait administré plus de 3 300 doses, afin d’éviter que la situation ne dégénère, comme ce fut le cas l’an passé.

« Cela s’était vraiment mal passé l’an dernier », se remémore un élu près de Lérida, en Catalogne. « Nous avions été obligés de confiner nos villes et les entreprises agricoles, en raison de la multiplication des clusters », détaille-t-il, faisant allusion aux cas qui avaient émergé parmi les groupes de travailleurs. Une situation qui avait permis de braquer les projecteurs sur les conditions sanitaires déplorables – à la rue, sans accès à l’eau, entassés dans des fourgonnettes – dans lesquelles vivaient certains migrants arrivés en surnombre. « Beaucoup de mes compatriotes sont tombés malades l’an dernier », confirme une jeune saisonnière, relativement soulagée de pouvoir être prioritaire malgré son âge. Cette population étant itinérante durant la saison, pour sécuriser la couverture vaccinale de ces travailleurs, il a été décidé de leur administrer le vaccin unidose Janssen. Et ce, quel que soit leur âge, contrairement à ce qui se pratique en France, où il n’est administré qu’à partir de cinquante-cinq ans.

Ces campagnes de vaccination ont, cependant, été organisées par les communautés autonomes, sans qu’une coordination nationale n’ait réellement pu être mise en place. Résultat : celle en Andalousie a démarré relativement tardivement, une fois que la récolte des fraises était sur le point de se terminer. Et que les travailleurs saisonniers étaient déjà partis en nombre vers d’autres régions.

Une récolte frappée par le gel

Cette année, l’offre de bras risque néanmoins d’être plus élevée que les besoins. D’autant que nombre de saisonniers – travaillant dans la restauration, le bâtiment ou la vente à la sauvette – ont accouru pour la première fois dans ces régions du nord-est, après avoir perdu leur travail en raison de la pandémie. Reste que les gelées des précédents mois ont abîmé la récolte, qui devrait être de 30 à 40 % inférieure à celle de 2020, préviennent d’ores et déjà les syndicats. Selon les estimations les plus optimistes, les exploitants n’auront donc vraisemblablement besoin que de 20 000 à 23 000 saisonniers, en lieu et place des 30 000 qui avaient afflué l’an dernier.

Marjorie Cessac