«C’est une poudrière », avait averti un agriculteur catalan dans le quotidien El País. Depuis le 4 juillet dernier, la province de Lérida, en Catalogne, est devenue l’un des foyers de reprise de l’épidémie avec, à la clé, le premier reconfinement du pays.

Précarité et insalubrité

À l’origine de cette nouvelle flambée : la précarité des travailleurs saisonniers. Connue pour ses nombreuses exploitations de fruits, cette zone, où la récolte bat aujourd’hui son plein, accueille près de 30 000 journaliers, pour certains dans des conditions plus qu’insalubres. Alors que nombre d’entre eux – en provenance d’Afrique – vivent dans la rue, dans une grande promiscuité et sans masques, d’autres s’entassent à plusieurs dans des chambres, ou pis, dans des baraquements, sans même un robinet pour se laver les mains.

Déjà peu fameuses les années précédentes, ces conditions se sont encore détériorées, alors que des travailleurs européens, du Portugal à la Bulgarie, mais aussi des « vendeurs de rue » africains sont venus grossir les rangs des habitués. En cause ? Des promesses sans doute disproportionnées. « Il y a trois mois, Afrucat et une autre organisation agricole ont posté une annonce sur les réseaux sociaux encourageant les gens à envoyer leur CV, en disant qu’ils avaient besoin de 25 000 personnes, raconte une des militants de la plate-forme Fruta con justicia social. Ces annonceurs avaient alors sous-entendu qu’ils demanderaient la régularisation des travailleurs sans papiers. » De quoi créer de faux espoirs, alors que l’État espagnol se refuse, pour l’instant, à s’inscrire dans la lignée de l’Italie.

D’une région à l’autre

Ces nouveaux foyers inquiètent d’autant plus les autorités que ces saisonniers ont l’habitude de transhumer au sein du pays au gré des récoltes, ce qui favorise l’éclosion de nouveaux clusters. À Burriana (Valencia), la maire vient de dévoiler qu’un ouvrier agricole de retour de Lérida était à l’origine d’un des foyers de sa ville. De leur côté, les ministres de la Santé et de l’Agriculture ont tenu, avec les présidents de communautés agricoles, un minisommet de crise. Occasion pour eux d’instaurer des réunions quotidiennes en vue de gérer la situation en amont et d’éviter que ces drames ne resurgissent lors des prochaines récoltes.

« La dignité du travail nous concerne tous, y compris les saisonniers », a insisté Luis Planas, ministre de l’Agriculture, rappelant le devoir des exploitants de respecter la législation, les contrats écrits et les règles en matière de logement et de mobilité des travailleurs. Malgré cette situation sociale, plusieurs organisations agricoles ont fait savoir que les récoltes ne pâtiraient pas du contexte sanitaire. Plus pénalisant, en revanche : les pluies de grêle. Selon les pronostics, ces dernières pourraient entamer la production de 30 à 35 % cette année. Verdict fin août.

Marjorie Cessac