Les eurodéputés de la commission Agriculture du Parlement européen se sont penchés, la semaine dernière, sur l’accord Mercosur négocié par la Commission européenne avec les pays d’Amérique du Sud. Il s’agit pour eux de ne pas laisser la bride sur le cou de ladite commission et de leurs collègues de la commission Commerce. Des économistes, des représentants des secteurs agricoles et les membres de la Commission européenne ont ainsi été auditionnés. Pas de surprise, l’accord est, selon ces derniers, bon, équilibré et bénéfique pour l’Union européenne, au « détail » de quelques secteurs qui pourraient rencontrer une concurrence renforcée, comme la viande, le sucre et l’éthanol. Mais très vite, les commissaires ont fait état de clauses de sauvegarde, applicables en cas de problèmes, et de la promesse de 1 milliard d’euros pour le secteur viande en cas de crise liée à cet accord.

Face à ces propos, les parlementaires estiment que les coûts et bénéfices d’un tel accord sont tout sauf clairs, et que l’impact sur les secteurs européens cités risquent d’être majeurs. Pour la viande bovine, face à la Commission qui avance que le volume supplémentaire de 99 000 tonnes est modeste face au marché total européen, il apparaît que l’effet prix pourrait être dévastateur. Ciblant le marché des morceaux nobles, les origines Mercosur seraient très satisfaites d’entrer sur le marché européen, avec une décote de 3 euros/kg, entraînant l’ensemble du marché à la baisse et sabrant ainsi la plus-value des productions européennes. Un autre fait marquant souligné est la forte corrélation entre la production brésilienne de viande bovine et la déforestation qui sévit dans ce pays.

Dès lors, plus d’accord Mercosur ? Rien n’est moins sûr ! L’UE est d’ores et déjà en mesure d’interdire l’importation de denrées liées à une déforestation (qu’elles viennent du Mercosur ou d’Asie du sud-est), avec un système fiable de certification si la volonté politique est réelle. Sur le plan économique, quelques voix dissonantes émanent déjà des pays qui exportent vers le Mercosur fruits et légumes, olive et vin. Aussi, quand quelques élections générales seront passées, alors que le risque de récession de l’économie allemande pointe, peut-on réellement exclure que l’accord Mercosur ne soit pas présenté sous un nouveau jour par les divers responsables politiques européens, moyennant des ajustements cosmétiques ?

par Yves Madre