L’accord signé entre Pékin et Washington pour mettre fin à la guerre commerciale prévoit que la Chine augmente ses importations en provenance des États-Unis en 2020 et 2021, en contrepartie de la réduction et la suspension de certains des droits de douane instaurés ces derniers mois. Pour l’agriculture, Pékin s’engage à augmenter ses importations de 12,5 milliards de dollars en 2020 et 19,5 milliards en 2021. Les importations agricoles américaines en Chine atteindront 50 milliards de dollars en 2021, soit le double de ce qu’elles étaient avant le début de ladite guerre commerciale.

Si Pékin ne s’y conforme pas, Washington pourra réinstaurer les droits de douane supplémentaires. Il semble assuré que la Chine, qui importe via des organismes d’État, veillera à respecter les clauses signées. Il faut donc s’attendre à ce qu’elle redirige une partie de ses importations au détriment des flux existants au départ de l’Argentine, du Brésil et de l’Union européenne.

Les exportations de l’UE vers la Chine passeront au deuxième rang.

En 2018, l’UE avait expédié pour 10 milliards d’euros de produits agroalimentaires vers la Chine. Et la crise du porc offrait des perspectives d’accroissement de ces échanges. Aujourd’hui, les exportations de l’UE seront au deuxième rang des préoccupations chinoises après celles des États-Unis, quelle que soit leur compétitivité prix qualité.

Lors des discussions tendues qu’il a eues la semaine dernière à Washington, le commissaire européen au commerce, Phil Hogan, a brandi la menace d’une plainte de l’UE à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) contre cet accord. Encore faudrait-il que l’OMC soit à nouveau en état de fonctionnement. Les États-Unis venant de bloquer son organe d’appel – la cour suprême de l’OMC qui juge et arbitre les différends – en refusant de nommer des membres à renouveler. L’absence d’organe d’appel, c’est la porte ouverte pour tout pays à violer les règles commerciales internationales sans crainte.

L’UE est bien en train de mettre en place sa propre législation pour remédier à cela et définir des sanctions à appliquer à des partenaires ne respectant pas les règles internationales. Mais peut-on imaginer que des puissances commerciales telles que les États-Unis, la Chine ou le Brésil les accepteraient sans broncher ?

par Yves Madre