Il s’en est fallu de peu que les États-Unis deviennent, pendant l’année fiscale 2019-2020 qui s’achèvera le 30 septembre, importateurs nets de produits agricoles. Selon les dernières prévisions, leur excédent commercial dans ce secteur devrait avoisiner 3,3 milliards de dollars. C’est, en valeur réelle, l’un des plus bas niveaux enregistrés depuis le début des années 1960.

La récession économique mondiale due à la pandémie de Covid-19 a un effet déprimant sur les exportations agricoles américaines. Leur prévision pour 2019-2020 est tombée de 139,5 milliards de dollars en février à 135 milliards en août, contre 135,5 milliards en 2018-2019. Mais la crise sanitaire masque une tendance structurelle : le solde des échanges agricoles a chuté de 43,1 milliards de dollars en 2013-2014 à 4,6 milliards en 2018-2019, un recul dû davantage à l’augmentation des importations (+ 21,5 milliards) qu’à la diminution des exportations (- 16,8 milliards). Les importations ont d’ailleurs continué de croître en 2019-2020, contrairement aux exportations. Si celles-ci montrent d’importantes fluctuations annuelles, en lien avec le niveau des récoltes mondiales et le taux du dollar, les achats de produits agricoles à l’étranger progressent au contraire régulièrement, à un rythme relativement indépendant de la conjoncture. Ils consistent essentiellement en produits à forte valeur ajoutée et en denrées tropicales peu ou pas produites aux États-Unis. Ainsi, depuis dix ans, les importations agricoles ont crû de deux tiers, soit beaucoup plus rapidement que les exportations, grâce principalement à la hausse des achats de fruits et légumes frais et transformés, et de boissons fermentées (vin, bière), qui représentent globalement la moitié des importations agricoles.

L’effondrement de l’excédent commercial, dans un secteur qui constitue traditionnellement un fleuron des échanges américains, est symboliquement très lourd pour le président Trump, à l’approche de l’élection présidentielle de novembre. D’autant plus que l’accord conclu avec la Chine, qui prévoit notamment une forte augmentation des exportations agricoles vers ce pays, a peu de chance d’être tenu. Si Washington anticipe une hausse de ces dernières (y compris vers Hong Kong) de 13,6 milliards de dollars en 2018-2019 à 16,5 milliards en 2019-2020 et 21 milliards en 2020-2021, ces chiffres restent loin des 22,7 milliards atteints en 2015-2016, à la veille de l’installation du milliardaire à la Maison Blanche.

par Jean-Christophe Debar