Le Parlement européen et le Conseil des ministres de l’Agriculture se sont mis d’accord, en un temps record, sur l’usage des 8,2 milliards d’euros du plan de relance pour l’agriculture. Face à une Commission européenne qui proposait de financer essentiellement des mesures environnementales, les colégislateurs ont dessiné un futur passant par une performance double, économique et environnementale, et une priorité aux investissements. Au moins 55 % de ce plan de relance pourront être fléchés dès 2021 vers des mesures économiques (investissements, gestion des risques…) et 37 % vers des mesures environnementales. Cette décision intervient alors que les négociations sur la Pac viennent de commencer entre les institutions européennes, avec l’objectif de trouver un accord dans la seconde partie du premier semestre 2021, soit après trois ans de travaux et discussions. Un record !

Un constat aussi : la proposition initiale de la Commission sur la Pac, comme sur le plan de relance, a dû être sérieusement retravaillée. Gageons que dans les six mois qui viennent, le Parlement et le Conseil garderont le cap de la recherche d’équilibre et d’efficience qui les a guidés lors des négociations sur le plan de relance agricole. Dans ce travail, les effets de manche n’ont pas leur place. C’est ce que viennent de rappeler fermement les eurodéputés clés du PPE en matière d’agriculture à la présidente (PPE aussi) de la Commission. Face à un vice-président chargé de l’environnement et de l’agriculture qui suggère un retrait de la proposition Pac si ses vues environnementales ne prévalent pas in fine, ils ont appelé au sérieux du rôle dans lequel doit se cantonner maintenant la Commission : aider les colégislateurs à se mettre d’accord à partir de leurs propres orientations et non des siennes. Ce sérieux devra aussi valoir dans les travaux sur le Green Deal et les propositions que la Commission fera en la matière. Des études d’impact sont demandées avec insistance. La Commission fait état de leur existence dans son papier sur la future loi climat, mais la haute hiérarchie semble rechigner à les rendre publiques. Les résultats et impacts estimés ne seraient-ils pas en cohérence avec les discours tenus et les propositions de réductions d’intrants, de plantation de 3 milliards d’arbres, de mises en jachères de terres agricoles ou de croissance rapide du bio ?

par Yves Madre