Étrange paradoxe : le gigantesque plan de relance de l’économie voulu par Joe Biden, et actuellement discuté au Congrès, pourrait injecter plus de 16 milliards de dollars en soutien à l’agriculture et l’alimentation. Un appui que beaucoup d’analystes jugent superflu en raison de l’amélioration de la situation économique des farmers. La majeure partie de ce budget, dont le montant reste à finaliser, vise à renforcer le programme SNAP grâce auquel les Américains les plus pauvres se procurent de la nourriture gratuitement. Il permettrait aussi d’accroître les achats publics de denrées destinées aux organisations caritatives et à l’aide humanitaire internationale. Même si les agriculteurs ne reçoivent directement qu’une part minime de ces fonds, le bien-fondé de nouveaux subsides au secteur agricole, à la suite des sommes colossales versées sous Donald Trump, fait débat.

En effet, les clignotants sont au vert pour la plupart des productions. Selon les dernières prévisions officielles, le revenu agricole net devrait diminuer de 10 % en 2021, mais resterait au-dessus de la moyenne des vingt dernières années en termes réels, compte tenu de l’inflation. Comme on anticipe une hausse de 15 % du revenu tiré du marché, grâce à l’augmentation des prix des cultures et à la forte demande à l’export, la baisse du revenu global proviendrait d’une chute des paiements directs, du niveau record de 46 milliards de dollars (38 % du revenu) en 2020, à 25 milliards (23 %) en 2021. Cette prévision se fonde sur une réduction drastique des aides octroyées dans le cadre de la crise de la Covid-19, mais elle ne tient pas compte des soutiens qui pourraient être versés dans le cadre du plan de relance de l’économie.

L’optimisme des agriculteurs est également conforté par les ambitions de la Maison Blanche en matière de lutte contre le changement climatique. Celle-ci envisage de créer une « banque du carbone », qui les paierait pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Le projet devra sans doute attendre l’aval du Congrès pour être pleinement financé, mais il constituera l’un des piliers du prochain Farm Bill, en 2023.

Dans l’immédiat, le nouveau secrétaire à l’Agriculture, Tom Vilsack, veut se concentrer sur les questions techniques à résoudre - diagnostics d’exploitation, mesure du carbone dans le sol, certification des pratiques… - en vue du lancement de marchés de services environnementaux, auquel les filières agricoles se préparent.

par Jean-Christophe Debar